Crise dans la région du lac Tchad : famille disparue, enfants affamés, avenir incertain

Le conflit qui sévit dans le nord du Nigéria a fait des milliers de morts et contraint plus d'un million de personnes à fuir. Bon nombre d'entre elles ont été enlevées, dont plus de 200 lycéennes de Chibok en avril 2014. Les déplacés ont cherché refuge ailleurs au Nigéria, ainsi qu'au Cameroun, au Tchad et au Niger voisins. La crise revêt une dimension véritablement régionale.

« La violence au Nigéria brise les familles et cause d'immenses souffrances », déclare le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer. « C'est aujourd'hui l'une des crises humanitaires majeures dans le monde, avec des dimensions régionales. Il est vital que les autorités nationales et la communauté internationale fassent tout leur possible pour nourrir ceux qui ont faim, procurer un toit aux sans-abri et prodiguer des soins de santé à ceux qui en ont besoin. »

Le CICR est l'une des rares organisations internationales sur le terrain à apporter un soutien dans nombre de domaines. Quatre grandes questions : les vivres et l'eau, les soins de santé, les déplacements de population, et l'impact sur la région. Ci-après, les habitants racontent leurs histoires.

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En quoi consiste l'aide du CICR ?

Du riz, des haricots, de l'huile. Des pots et des poêles. Ce sont là les articles dont la population a besoin. Le CICR a distribué des secours alimentaires et des articles ménagers essentiels à quelque 260 000 personnes dans le nord du Nigéria et à 65 000 personnes au Niger, et nous prévoyons d'en faire davantage.

Le CICR a également :

  • effectué une trentaine d'opérations chirurgicales à Maiduguri sur les patients blessés par arme ;
  • construit dix grands abris pouvant accueillir jusqu'à 50 personnes à Yola, Nigéria. Et nous installons plus de 300 tentes, 300 petits abris et 150 latrines à Maiduguri ;
  • creusé trois puits à Yola et nous en avons remis en état deux autres. Nous avons acheminé de l'eau par camion-citerne à quelque 8 000 personnes à Maiduguri;
  • fait don d'articles médicaux à 11 hôpitaux et 14 sections de la Croix-Rouge du Nigéria ;
  • formé près de 1 400 secouristes et 164 autres personnes à la bonne gestion des dépouilles humaines ;
  • distribué des vivres à 21 300 personnes au Niger ;
  • envoyé une anesthésiste et une infirmière de bloc opératoire du CICR à l'hôpital principal de Diffa, Niger ;
  • enregistré au Tchad 59 enfants, dans l'espoir de les réunir avec leurs parents dont ils ont perdu la trace ;
  • facilité près de 3 000 appels téléphoniques pour aider les familles séparées à reprendre contact ;
  • enregistré 14 enfants nigérians au Cameroun, qui étaient séparés de leurs familles ;
  • formé le personnel de la Croix-Rouge camerounaise aux premiers secours et au rétablissement des liens familiaux ;
  • recherché au Nigeria les membres de la famille de centaines de personnes.

 

The ICRC is providing medical supplies and giving surgical training to the State Specialist Hospital in Maiduguri, to help staff treat both illnesses and wounds inflicted by bomb blasts and bullets.

The ICRC is providing medical supplies and giving surgical training to the State Specialist Hospital in Maiduguri, to help staff treat both illnesses and wounds inflicted by bomb blasts and bullets.

Le CICR fournit du matériel médical et donne des formations en chirurgie à l'hôpital spécialisé de l'État à Maiduguri, afin d'aider le personnel à soigner les maladies et les blessures provoquées par les explosions de bombes et les balles. CC BY-NC-ND / ICRC / Jesus Serrano Redondo

An ICRC employee registers unaccompanied children in Baga Sola, Chad. CC BY-NC-ND / ICRC / Jesus Serrano Redondo

Un employé du CICR enregistre des enfants non accompagnés à Baga Sola, au Tchad. CC BY-NC-ND / ICRC / Jesus Serrano Redondo

Et après ?

En raison de la gravité de la situation humanitaire, et comme, dans certains endroits, nous sommes parmi les rares organisations présentes sur le terrain, nous lançons un appel afin de lever des fonds supplémentaires et aider les personnes démunies.

Nous lançons un appel de 60 millions de francs suisses (65 millions de dollars) pour renforcer notre action humanitaire :

  • Près de 500 000 personnes de plus recevront des vivres.
  • Les équipes chirurgicales à Maiduguri et Diffa, Niger, soutiendront l'action des hôpitaux régionaux.
  • Nous aiderons 12 centres de soins de santé primaires dans le nord du Nigéria.
  • Notre capacité à aider les familles séparées à reprendre contact sera renforcée.

La souffrance engendrée par la crise du lac Tchad est immense. Le CICR veut tout faire pour que les victimes de la violence bénéficient du plus grand soutien possible et que leur sort ne soit pas oublié.

Nigerian Red Cross Society personnel distribute ICRC-supplied food to displaced persons in Maiduguri. The ICRC intends to distribute food to another 500,000 people.

La Croix-Rouge du Nigéria distribue des vivres fournis par le CICR aux personnes déplacées à Maiduguri. Le CICR compte encore distribuer des vivres à 500 000 personnes. CC BY-NC-ND / CICR / Jesus Serrano Redondo

325 000
personnes, dans le nord-est du Nigéria et au Niger, ont reçu de la nourriture et d’autres biens de première nécessité.
8 000
personnes à Maiduguri ont reçu de l’eau, transportée par camion-citerne.
59
enfants ont été enregistrés au Tchad, dans l’espoir de retrouver leurs parents dont ils ont perdu la trace.
Jean-Yves Clémenzo

Le conflit armé sévit dans le nord-est du Nigéria depuis des années. Depuis les derniers mois de 2014, la violence a pris une dimension de plus en plus régionale, touchant le nord du Cameroun, le Tchad et le Niger. Ce conflit se caractérise par une violence extrême à l'encontre de la population civile. Les règles de base du droit international humanitaire ne sont pas respectées.

The Sanusi Family had to trek 400 kilometres on foot across mountains with little food or water to reach safety in Cameroon.

La famille Sanusi a fait 400 kilomètres à pied dans les montages, avec peu de nourriture et d'eau, avant de parvenir en lieu sûr au Cameroun. CC BY-NC-ND / ICRC / Jesus Serrano Redondo

Au Cameroun, Awa et Salamatou Ousmane réfléchissent à la manière d'élever leurs 13 enfants sans père.

Leur grande famille vivait paisiblement à Madagali, Nigéria, lorsque le père a été tué devant leurs yeux, lors d'une attaque. Elles ont tout de suite protégé le regard de leurs enfants et se sont précipitées à l'intérieur de leur maison.

Lorsqu'elles ont fui avec leurs neuf fils et leurs quatre filles, elles craignaient surtout d'être prises dans la violence sur la route alors qu'elles se rendaient dans leur belle-famille au Cameroun voisin. Quand on leur demanda de quoi la famille avait besoin, Awa murmura : « Je ne sais même pas par quoi commencer ...nous manquons de tout. »

Swyiman Sanusi was working as a teacher in Gulak until 5 September when he had to flee for his life. His wife Maria managed to escape with three children four days later and found refuge in Mubi.

Swyiman Sanusi travaillait comme enseignant à Gulak jusqu'au 5 septembre, le jour où il a dû fuir pour sauver sa vie. Sa femme, Maria, est parvenue à s'échapper quatre jours plus tard avec ses trois enfants et a trouvé refuge à Mubi. CC BY-NC-ND / ICRC / Jesus Serrano Redondo

Les enfants ne vont plus à l'école et leurs chances d'aller bientôt en classe semblent sombres. Il est difficile d'établir des priorités. Les enfants sont vêtus de haillons. Certains tombent malades. Il n'y a d'argent ni pour les vêtements ni pour les médicaments.

« Pour l'instant, nous faisons notre possible pour que les enfants puissent manger une fois par jour », dit Awa. « Ils sont conscients, même le plus petit, qu'ils peuvent quelquefois aider en faisant la manche au marché. Mais ils savent aussi qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose. »

Au delà de leurs besoins physiques, il y a le traumatisme psychologique de voir leur mari et leur père tué. La plus jeune des enfants marche encore à quatre pattes. « Regardez-la, elle avait 3 mois lorsque son père est mort », dit Awa. « Qu'est-ce qu'on lui dira ? »

A Nigerian woman who has fled across the border into Chad makes use of an ICRC phone to contact her family.

Une femme nigériane, qui a fui au Tchad, contacte sa famille grâce à un téléphone du CICR. CC BY-NC-ND / ICRC / Jesus Serrano Redondo

« Je me suis enfuie avec mes enfants parce que la souffrance était insupportable. Nous ne pouvions plus la supporter ! », dit Hafeesa Adamu. « Nous allions de village en village. Nous avons marché ainsi jusqu'à Mubi. De Mubi, nous nous sommes rendus dans une ville appelée Maiha. ... De là, nous nous sommes installés au Cameroun – dans un village près de la frontière. »

Interview CICR, Yola, Nigéria, mars 2015