Il n’est guère étonnant que les Gazaouis soient en colère : la Croix-Rouge ne peut pas les protéger !

28-07-2014 Article

Trois véhicules du CICR quittent Shujaia. Nos collaborateurs ont permis de sauver la vie de 11 personnes de sous les décombres, mais l’intensité des combats a contraint ces véhicules à rebrousser chemin. Alors qu’ils s’éloignent, une foule de Palestiniens en colère lance des pierres et des bâtons contre ces véhicules. Elle crie « Vous êtes inutiles » et « Vous devez nous protéger. »

Mais nous ne pouvons pas. La colère est contrariante, elle n’a pas sa place, même si elle est compréhensible. Nous faisons de notre mieux, et notre personnel risque de perdre sa vie pour sauver celle des autres, mais il n’est pas en notre pouvoir de faire cesser le conflit. Comme toujours, les organisations humanitaires sont un « emplâtre » d’urgence, et non une solution.

Si votre maison à Gaza est bombardée, qui appelleriez-vous en désespoir de cause ? Dans la nuit, les tirs intenses de l’offensive terrestre israélienne ont frappé le nord-est de Gaza. Les services d'urgence, dont nos partenaires du Croissant-Rouge palestinien, étaient submergés. De nombreux habitants de Gaza ont cherché à nous joindre par téléphone. Notre standard avait du mal à répondre aux très nombreux appels. Au cœur de la nuit en proie à la violence, nous ne pouvions pas envoyer des ambulances, rétablir l'approvisionnement en eau ou traiter les blessés agonisants. Isolés et terrifiés, ayant nulle part où fuir et sans aucun espoir de secours, les familles palestiniennes bouillonnaient d’une colère grandissante.

Deux nuits plus tard, toujours à Shujaia des centaines d'autres familles connurent la même horreur. Cette fois aussi, le personnel du CICR et les volontaires du Croissant-Rouge palestinien ne purent pas faire grand-chose. Faute de garanties de sécurité, il aurait été insensé de tenter d’apporter des secours. En plein jour, un cessez-le feu temporaire fut décrété, à notre demande. Il fut rapidement rompu, mais a néanmoins permis à plusieurs dizaines de blessés d’être transportés de leurs maisons détruites vers des hôpitaux et à des centaines d’autres personnes de profiter de notre présence sur place pour fuir. Ce n’était pas grand-chose, et c’était un peu tard. Il n’est guère étonnant que les familles sans défense nous aient accusés d’un mépris implacable. Lorsque votre faible espoir de recevoir des secours s’éteint, la déception est encore plus grande.
D'autres accusations ont été portées contre nous.

Nous avons été accusés de collaborer avec les Forces de défense israéliennes à la destruction de l'hôpital el-Wafa. En vérité, nous avons cherché à protéger l'hôpital grâce au dialogue que nous entretenons avec les deux parties. Lorsque les combats se sont dangereusement approchés, nous sommes intervenus pour gagner du temps en vue d’une éventuelle évacuation in extremis des patients gravement malades, dont bon nombre en survie artificielle.

Il nous a été reproché de ne pas prendre parti et de refuser de désigner des coupables. Vu notre politique de neutralité stricte, nous avons l’habitude de recevoir à un moment ou un autre des critiques de toutes les parties. Mais le CICR ne reste pas muet face aux violations flagrantes du droit international. Nous avons condamné expressément et catégoriquement le bombardement direct de l'hôpital Al-Aqsa du 21 juillet qui a fait au moins quatre morts. Nous dénonçons clairement les frappes aveugles d'Israël. Nous avons affirmé avec fermeté que, même en pleine guerre, il doit être possible de recevoir des soins médicaux en toute sécurité.

Nous sommes horrifiés par le nombre de morts. Nous avons demandé à plusieurs reprises aux deux parties de protéger et d’épargner les civils. Nous avons souligné qu’il fallait protéger l'approvisionnement en eau extrêmement fragile de Gaza ; de nombreux habitants de cette zone densément peuplée connaissent une pénurie en eau, égale à celle d’un été méditerranéen torride. Mais aujourd'hui, ce sont les civils qui sont notre priorité, à Beit Hanoun et dans de nombreux autres endroits de la bande de Gaza. Nous demandons à toutes les parties, sur la base des impératifs humanitaires dictés par la situation, de veiller à ce que leurs combats soient menés en conformité avec les principes fondamentaux du droit international protégeant les civils.

Mais nos appels à la retenue, et les efforts constants déployés par quelque 140 collaborateurs et plus de 400 équipes du Croissant-Rouge palestinien pour sauver des civils et réapprovisionner les hôpitaux, suffiront-ils à apaiser la colère des familles en deuil ?
Nous l’espérons, tout en comprenant que cela risque ne pas être le cas.

Nous demandons une seule et unique chose : que les limites de notre rôle soient comprises et que les regards se tournent vers les responsables politiques pour qu’il soit mis fin à ce triste conflit, meurtrier.   

Jacques de Maio, Chef de la délégation du CICR pour Israël et les territoires occupés

 

Voir aussi la conférence de presse tenue par Jacques de Maio le 26 juillle à Gaza

(en anglais et en arabe)

Photos

Ville de Gaza City, le 24 juillet 2014.  

Ville de Gaza City, le 24 juillet 2014.
© Reuters / S.Salem

Une équipe du CICR à Shujaia, Gaza, à la recherche de personnes à évacuer du quartier. 

Une équipe du CICR à Shujaia, Gaza, à la recherche de personnes à évacuer du quartier.
© ICRC

Shujaia, Gaza. Le CICR transfère un blessé dans une ambulance pour l'évacuer. 

Shujaia, Gaza. Le CICR transfère un blessé dans une ambulance pour l'évacuer.
© ICRC

Un véhicule du CICR en route pour l'hôpital Al Aqsa après que celui-ci a été attaqué. 

Un véhicule du CICR en route pour l'hôpital Al Aqsa après que celui-ci a été attaqué.
© ICRC

Une chambre de l'hôpital Al Aqsa après le bombardement. 

Une chambre de l'hôpital Al Aqsa après le bombardement.
© ICRC