En 1863, Genève offre le CICR au monde.

17-10-2013 Article, de Frédéric Koller

Le premier procès verbal produit par le CICR et signé Henry Dunant. Cet article est paru le 13 juillet 2013 dans le quotidien suisse « le Temps » et fait partie d'une série à l’occasion des 150 ans du CICR.

 

 


Le Comité des Cinq, fondateurs de la Croix-Rouge

Rarement une idée si généreuse aura trouvé aussi vite le chemin de sa réalisation en se gagnant l’approbation immédiate des puissants. Et si ce fut possible, sans doute fallait-il qu’elle émerge en un lieu qui ne saurait faire d’ombre à ses grands voisins. Il y a un siècle et demi est né à Genève le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). L’idée était certes dans l’air du temps, les guerres de conscrits étant devenues plus impitoyables encore pour leurs acteurs que celles des mercenaires de l’Ancien Régime. Mais songez un peu à la fulgurance du geste. En juin 1859, un banquier genevois, Henry Dunant, assiste horrifié à une boucherie en Lombardie. Nous sommes à Solférino, champ de bataille entre les troupes autrichiennes et les armées franco-sardes. Les soldats blessés des deux camps sont abandonnés sans soins, livrés à leur atroce condition. Seule l’improvisation de secours civils, en partie organisés par Henry Dunant, soulagera leurs peines.

En 1862, encore sous le choc, le banquier se fait écrivain et publie "Un Souvenir de Solférino", dont l’écho en Europe fut comparable à celui de La Case de l’oncle Tom aux Etats-Unis, sur la condition de l’esclavage. Dunant ne fait pas que décrire le carnage, il appelle à la création en temps de paix de sociétés de secours pour les blessés de guerre dans les «divers pays d’Europe». L’idée sera reprise par l’avocat Gustave Moynier, président d’une organisation locale de bienfaisance, la Société genevoise d’utilité publique, et portée à son ordre du jour du 9 février 1863. Malgré le scepticisme de ses membres, la société crée une commission pour promouvoir la cause d’Henry Dunant. C’est la date retenue par l’institution genevoise pour marquer sa fondation, même si l’appellation définitive du CICR ne sera adoptée qu’en 1875. 

Le 17 février, la commission composée de Gustave Moynier, de Henry Dunant, des docteurs Appia et Maunoir, ainsi que du général Dufour qui en est élu président par acclamation, produit un premier procès-verbal rédigé par Dunant. C’est l’objet du premier épisode de notre série. Il s’agit de la préparation d’un mémoire destiné à être présenté à un congrès international de bienséance qui devait se tenir à Berlin. La commission qui se constitue aussitôt en comité international permanent s’assigne des objectifs «qui apparaissent, dès cette première séance, avec une étonnante clarté», écrit François Bugnion2.

Le congrès de Berlin sera annulé et le comité genevois organisera sa propre conférence en octobre 1863, qui rassemblera des représentants d’Etat et des privés. La Confédération helvétique donnera ensuite son appui à la convocation d’une conférence diplomatique en août 1864 réunissant 16 pays et qui aboutira, la même année, à la signature de la première Convention de Genève pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne. Elle sera complétée par une deuxième Convention protégeant les blessés et les malades sur mer (1906), puis par une troisième relative au traitement des prisonniers de guerre (1929), et, enfin, par la dernière concernant la protection des civils dans les conflits armés (1949).