Première guerre mondiale : en 1916, avec les militaires aux mains des Turcs

17-10-2013 Article, de Frédéric Koller

Un rapport qui relate la visite en 1916 de camps de prisonniers en Turquie. Cet article est paru le 20 juillet 2013 dans le quotidien suisse « le Temps » et fait partie d'une série consacrée aux acteurs de terrain du CICR à l’occasion de son 150e anniversaire.


© CICR / hist-03057-35

Si les débuts du CICR furent tonitruants, avec la reconnaissance par plusieurs Etats d’un nouveau droit humanitaire protégeant les blessés de guerre, le développement de l’institution genevoise, par la suite, fut loin d’être linéaire. C’est à son corps défendant, comme l’explique François Bugnion, que le Comité de Genève «passera progressivement de promoteur d’une idée à celui d’intermédiaire neutre entre belligérants». De 1863, date de sa création, à la Grande Guerre de 1914, le CICR n’envoya des délégués sur le théâtre des opérations qu’en trois occasions: au Schleswig, en 1864, lors d’une bataille de duchés mettant aux prises la Prusse et le Danemark; au Monténégro, en 1876, qui accueille les réfugiés des révoltes balkaniques contre l’Empire ottoman; et dans les Balkans, à nouveau, en 1912-1913. Durant cette période, Genève va adopter une «doctrine d’abstention». L’intervention sur le terrain des hostilités est considérée du ressort des Comités nationaux.

La Première Guerre mondiale va radicalement changer la mission du CICR. Désormais l’attention va aussi se porter sur les prisonniers de guerre et les victimes civiles. Sans mandat internationalement reconnu (la Deuxième Convention traitant des prisonniers sera adoptée en 1929), mais à la demande des belligérants, le Comité, profitant de son statut de neutralité, va multiplier les actions. Dès le mois d’août 1914, le CICR annonce l’ouverture à Genève d’une Agence internationale de secours et de renseignements en faveur des prisonniers. Durant la guerre et l’immédiat après-guerre, 54 missions itinérantes seront envoyées dans une vingtaine de pays pour visiter 524 lieux de détention. Des millions de soldats croupissent dans les camps de prisonniers et de nombreux civils sont internés, déportés ou pris en otage. «La Croix-Rouge sort transformée de cette épreuve», écrit François Bugnion. Relevons, par ailleurs, que le 6 février 1918, le CICR lancera un appel aux belligérants contre l’emploi des gaz vénéneux.

Le rapport reproduit ci-dessous, relate la visite de camps de prisonniers en Turquie. La Sublime-Porte fait alors partie de la Triple-Alliance, qui l’associe aux empires allemands et austro-hongrois face à la Triple-Entente composée de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie. Les délégués expliquent en préambule les démarches auprès des autorités locales pour s’ouvrir les portes des camps. Au terme de leur mission, ils rédigent un document faisant part de leurs observations et recommandations. Ces rapports étaient ensuite publiés sous la responsabilité du CICR. Ce qui frappe ici est la différence de traitement des prisonniers suivant leurs origines ou même leur foi. Comme dans La Grande Illusion, de Jean Renoir, on y voit des officiers bénéficiant d’un traitement tout à fait particulier, à l’exception des Russes, déplore le rapport.