Papouasie-Nouvelle-Guinée : au milieu d'une lutte de clans

14-02-2014 Éclairage

En octobre dernier, des luttes claniques ont éclaté, opposant les clans Wanbea et Kombea dans la province des Hautes-Terres méridionales, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et obligeant de nombreuses familles à s'enfuir de chez elles. Helen Pewi fait partie des personnes qui ont été grièvement blessées et ont eu besoin du CICR pour survivre.


Le CICR et la Croix-Rouge de Papouasie-Nouvelle-Guinée ont fourni une assistance à 2 000 personnes déplacées en raison des combats, parmi lesquelles Helen Pewi. © CICR / Vincent Meyer


 

« Les deux fois, ils sont venus de nuit, explique Helen d'une voix éteinte. D'abord, ils ont brûlé ma maison et après, ils ont tué mon mari. »

Helen et beaucoup d'autres personnes se sont retrouvées au milieu des combats qui opposent des clans rivaux dans le district de Kagua Erave. Quand les assaillants ont brûlé la maison où elle vivait avec son mari et ses deux fils, elle a eu la chance de pouvoir s'enfuir et de gagner Haus Man, tout près de là, avec des dizaines de voisins déplacés comme elle.

« Les deux fois, ils sont venus de nuit, explique Helen d'une voix éteinte. D'abord, ils ont brûlé ma maison et après, ils ont tué mon mari. »

Mais deux semaines plus tard, quand des hommes armés ont lancé de nouvelles attaques à la grenade et aux puissants fusils d’assaut, Helen a eu moins de chance. Son mari est mort sous les tirs et pendant qu'elle protégeait son petit garçon Ezekiel, de trois ans, du toit en flammes d'où ils se sont enfuis en direction de la brousse, elle a été brûlée au troisième degré dans le dos, à la tête et aux bras. Ses efforts héroïques ont permis de sauver Ezekiel qui n'a été que légèrement blessé. Cette nuit-là, 34 personnes seraient mortes, des femmes et des enfants pour la plupart.

Avec son père qui l'a portée une bonne partie du chemin, Helen a eu beaucoup de mal à arriver le lendemain au centre de santé de Sumbura, où elle a reçu les premiers soins.

« À Sumbura, nous ne sommes pas équipés pour traiter des blessures aussi graves », se plaint sœur Deborah qui dirige inlassablement le centre de santé depuis 27 ans. Celle-ci ajoute : « Nous n'avons plus d'eau courante depuis 1987 et nous ne sommes pas équipés pour les soins chirurgicaux. Nous avons pu nettoyer et panser ses brûlures, mais nous n'avons trouvé personne pour la transporter jusqu'à l'hôpital car les combats se poursuivent dans cette zone. Et de toutes façons, elle n'a pas assez d'argent pour assumer le coût du traitement. »

Un long voyage pour des soins médicaux

Helen Pewi, avec son père et son fils, est de retour dans son village, dans le district de Kagua Erave, dans les Hautes-Terres méridionales. 

Helen Pewi, avec son père et son fils, est de retour dans son village, dans le district de Kagua Erave, dans les Hautes-Terres méridionales.
© CICR / Gauthier Lefèvre

Le CICR a finalement conduit Helen et son père en voiture à Mount Hagen, à quatre heures de là, et a pris en charge son traitement à l'hôpital provincial. Il a aussi fourni des articles médicaux qui faisaient cruellement défaut – des assortiments de pansements et du matériel pour les premiers soins – aux centres de santé de Kagua et Sumbura, où de nombreux blessés sont allés se faire soigner.

Heureusement, Helen a survécu et début janvier, le CICR l'a reconduite jusque chez son père à Wakipanda, pour qu'elle y passe le reste de sa convalescence, en compagnie de ses deux fils. Helen sait qu'il lui faudra du temps pour se remettre ; elle sait aussi que son avenir est incertain. « J'ai tout perdu, dit-elle, mon mari, ma maison, ma santé, et je ne suis plus capable de m'occuper de mes fils et de mon père. »

Les villageois de Wakipanda ont eu la gentillesse de lui donner des kau kau (patates douces) et des légumes verts pour manger, mais ils manquent de vêtements et d'autres biens de première nécessité.

La situation d'Helen s'est un peu améliorée le 23 janvier, car avec 2 000 autres personnes déplacées par les combats, elle a pu recevoir les secours d'urgence distribués par le CICR en partenariat avec la Croix-Rouge de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Elle a obtenu des couvertures, des matelas, des bâches, des pots et des casseroles, ainsi que du savon et d'autres articles d'hygiène pour l'aider à se réinstaller.

« Il y a eu beaucoup de luttes claniques ici ces dernières années, mais c'est la première fois que des gens viennent de l'extérieur pour aider ceux qui se trouvent pris au milieu de tout ça. Peut-être qu'au bout du compte, il en sortira quelque-chose de bon », conclut Helen, pensive.