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Liban : la guerre a pris fin, mais les bombes à dispersion mutilent encore

31-01-2007 Éclairage

Ce sont au moins un million de « bombettes » qui sont répandues dans les vergers et les champs du minuscule Sud-Liban. Ces sous-munitions tuent et mutilent des civils.Muhammad Hassan, 22 ans, est l’une de leurs victimes : alors qu’il cueillait des raisins derrière sa maison, il a voulu attraper dans la vigne ce qu’il avait pris pour un morceau de plastique...

     

     
   
    Qu'est-ce que les armes à dispersion ?
    Il s'agit de boîtes contenant jusqu'à des centaines de sous-munitions (ou « bombelettes »), qui peuvent être larguées par avion ou lancées (sous forme d'obus). Elles sont conçues pour exploser à l'impact ou au bout d'un certain temps.
Cependant, dans la réalité, de nombreuses munitions à dispersion n'explosent pas comme prévu et deviennent des menaces mortelles jusqu'à ce qu'on les touche. Le risque encouru par les civils est d'autant plus grand que la zone parsemée de bombelettes provenant d'une seule arme (ou zone d'impact) est étendue.
Les armes à dispersion, sous une forme ou une autre, ont été utilisées dans divers conflits à travers le monde, et ce, dès la Seconde Guerre mondiale. Les zones qui ont été le plus polluées par les bombes à sous-munitions sont des régions du Laos et du Viet Nam, du Kosovo, de l'Afghanistan, de l'Irak et du Liban.

 
           
Muhammad Hassan est assis devant sa maison, recroquevillé sur une chaise en plastique. Il a les traits tirés et le visage amaigri. Ses béquilles sont posées près de lui. L’explosion l’a grièvement blessé à la jambe gauche. Répondant à peine aux questions, il préfère laisser à sa famille le soin de tout expliquer au visiteur, à qui l’on a offert des tangerines et du café. Un fléau s’est abattu sur Resheknaneih, leur village magnifiquement niché dans les montagnes du Sud-Liban, parmi les champs d’oliviers et de tabac.

  Menace omniprésente  

« Cet été, nous sommes restés dans le village pendant presque toute la guerre », explique Fadel Hassan, le père de Muhammad. « Après le cessez-le-feu, l’armée est venue enlever beaucoup de bombes, mais il est clair qu’il en est resté. C’est à ce moment là que Muhammad a eu son accident. En fait, il y en a encore beaucoup, et elles sont partout. » 

     
    ©ICRC      
   
    Le père de Mohammad montre l’un des nombreux arbres dans lesquels des « bombettes » sont encore accrochées.      
         

Les 34 jours de conflit au Liban ont eu pour résultat, dans le sud du pays, la contamination de vastes étendues par les bombes à dispersion. En explosant, ces bombes libèrent des sous-munitions : jusqu’à 644 de ces « bombettes » se répandent en approchant du sol. Or, selon le type de munition utilisée, entre 15 et 40 pour cent de ces engins n’explosent pas. Beaucoup restent pendus dans les arbres, accrochés par leur ruban jaune et cachés parmi les raisins, les olives et les oranges.

  Contamination sans précédent  

« Il s’agit peut-être d’une contamination sans précédent, en raison de la densité des sous-munitions larguées par les armes à dispersion », déclare Philip Spoerri, directeur du droit international au CICR. Spoerri souligne que ces armes, utilisées depuis près de 40 ans, ont eu « des effets considérables et disproportionnés sur les populations civiles ».

Au Liban, cet héritage meurtrier a déjà provoqué la mort d’au moins 18 civils depuis la cessation des hostilités le 14 août 2006, et fait 136 blessés. En novembre 2006, le CICR a demandé aux États qu’il soit mis fin à l’utilisation des armes à dispersion, non précises et non fiables, et que leur emploi soit interdit dans les zones habitées. Le CICR mène une initiative visant à élaborer des règles de droit international humanitaire pour réglementer l’emploi des armes à dispersion.

 
 
 
 

     
    ©ICRC      
   
    Les champs derrière la maison de la famille Hassan, encore jonchés de 15 à 40 pour cent de bombes à sous-munitions qui n’ont pas explosé.      
        Au Sud-Liban, le problème revêt une telle ampleur (plus de 800 sites contaminés ont été recensés) que les écoles, les habitations et les rues constituent aujourd’hui la priorité des démineurs, les zones agricoles ne devant être dépolluées que dans un deuxième temps. De ce fait, les agriculteurs sont privés de tout revenu.

« Je ne peux même pas récolter ce qui n’a pas brûlé pendant la guerre », explique le père de Muhammad. « Le peu d’argent qui me reste sert à payer le traitement de mon fils : nous devons louer une voiture pour le conduire tous les jours à sa séance de physiothérapie, et je ne sais pas comment je pourrai financer sa prochaine opération. » Dans 18 mois, les médecins prévoient de retirer les broches métalliques placées dans la jambe du jeune homme. Alors, et alors seulement, Muhammad saura s’il pourra à nouveau marcher, et travailler…

Le visiteur demande s’il peut prendre une photo et, d’une seule voix, la f amille acquiesce. Pour la première fois, Muhammad se redresse, le visage figé. D’un signe de la tête, il exprime clairement son désaccord - il ne veut pas que le monde entier voie ses rêves brisés.