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Namibie : la prison, but d’un long voyage

11-07-2006 Éclairage

La ville provinciale de Katima Mulilo dans la région septentrionale de Caprivi (Namibie) est le point de départ d’un très long voyage pour de nombreuses familles – un trajet de 1 3000 kilomètres pour rendre visite à des proches en détention.

 

© ICRC 
   
Durant les deux mois précédant le voyage, un employé du CICR fait le tour des villages de la région de Caprivi pour expliquer le programme aux familles. 
        Depuis 2001, le CICR gère un programme de visites familiales pour les centaines de proches des personnes arrêtées en Namibie sur présomption de haute trahison. La plus récente de ces visites de trois jours a eu lieu en avril et mai 2006, lorsque le CICR a permis à près de 400 personnes de se rendre dans la capitale, Windhoek, où sont emprisonnés ces 131 suspects.

Les détenus ont été arrêtés lors d’un soulèvement sécessionniste qui s’est produit en août 1999 dans la bande de Caprivi, et ils attendent encore d’être jugés. Pour ceux qui souhaitent leur rendre visite, le fait qu’ils soient emprisonnés à 1 300 km de leur foyer entraîne des frais que peu de familles sont en mesure de payer, selon des estimations du CICR. La pauvreté, le chômage, le VIH/SIDA, les inondations et la sécheresse se conjuguent pour faire de la région de Caprivi un point chaud sur le plan humanitaire.

Le programme du CICR contribue à maintenir un lien vital entre les détenus et leur famille, et il offre aux prisonniers un soutien matériel et psychologique très précieux.

Selon les lignes directrices du programme de visites familiales élaborées par le CICR, chaque détenu a le droit de recevoir la visite de trois proches. Pendant les deux mois qui précédent le voyage, un collaborateur local du CICR se rend dans chaque village de la région de Caprivi afin d’informer les familles de l’existence et du fonctionnement de ce service. Dans une zone où les infrastructures sont limitées au minimum, où les routes sont mauvaises et les inondations fréquentes, et où l’agriculture éloigne de nombreux habitants des villages en les retenant dans des champs éloignés, ce processus est ardu et prend beaucoup de temps.

Mais quelles que soient les difficultés que ce programme pose au CICR, elles paraissent dérisoires comparées à celles que doivent affronter les familles. Celles-ci parcourent souvent plusieurs kilomètres à pied pour se rendre au point de rencontre à Katima Mulilo ; venant de villages éloignés, elles passent la nuit dans le froid en attendant le départ au petit matin.

Au lever du jour, le CICR accueille les familles et leur donne des renseignements sur les jours à venir. Les enfants bâillent et entourent le pavillon où se fait le contrôle d’identité, où les gens sont enregistrés et reçoivent chacun quelques vivres. Des couvertures, des casseroles, des courges et du mais destinés aux détenus sont chargés sur des remorques. Le voyage de 1 300 km vers Windhoek peut commencer.

Arrivées à Windhoek, les familles sont amenées à la prison principale pour voir leurs proches. Là, les visiteurs passent par la procédure habituelle de fouille et d’enregistrement.

De nombreux détenus n’ont pas vu leurs proches depuis des années. Même maintenant, ils sont séparés par une vitre et n’ont aucun contact physique pendant les 30 minutes que les trois visiteurs doivent se partager. Néanmoins, ces visites sont essentielles au bien-être des détenus, car elles leur rappellent qu’ils ne sont pas oubliés et elles leur donnent la possibilité non seulement de voir leurs femmes et leurs enfants, mais également d’avoir des nouvelles de leur village.

Le soir, toutes les familles se réunissent pour confectionner un repas pour leurs proches dans une cuisine louée par le CICR.

« Ces visites doivent se poursuivre, car c’est notre seul réconfort », explique la femme d’un détenu en montant dans le bus qui la ramènera chez elle.

Ce programme de visites familiales est organisé dans un but purement humanitaire et bénéficie de la coopération et du soutien organisationnel des autorités namibiennes.