Gaza/Jordanie : une mère et sa fille se retrouvent après dix ans de souffrances

20-05-2010 Éclairage

Les efforts permanents que le CICR déploie pour rétablir les liens entre proches séparés par un conflit ont récemment permis à une dame âgée de quitter Gaza pour aller s’installer chez sa fille à Amman, en Jordanie, après dix années de séparation.

     
    ©ICRC/A.Muhanna      
   
    Un employé du CICR vérifie le document de voyage de Hajjeh Moazzaz avant le départ de Gaza.      
       

       
    ©ICRC/A.Muhanna      
   
    Le couloir menant au point de passage d'Erez entre Gaza et Israël.      
       

       
    ©ICRC/R.Afani      
   
Après dix ans de séparation, les retrouvailles de Sabah avec sa mère.      
           

Hajjeh Moazzaz Aldabba jette un œil par la fenêtre, l'air apaisé et le visage souriant. Le soleil brille sur Gaza alors qu’elle finit d'empaqueter ses effets personnels dans une petite valise. Ce matin, l'incertitude et l'angoisse qui l'ont habitée des années durant l’abandonnent comme par enchantement, tandis que sa nièce Nimah lui annonce : « Les gens de la Croix-Rouge viennent d’arriver. Ils t’attendent en bas dans la voiture pour t’emmener retrouver Sabah à Amman. »

La vie n’a pas été facile pour Hajjeh Moazzaz ces dernières années. Sabah, sa fille unique, était encore très jeune lorsqu'elle a quitté la maison maternelle de Gaza pour déménager avec son père à Amman, où elle s’est mariée à l’âge de 18 ans.

Au début, Hajjeh Moazzaz voyait Sabah chaque année. Une fois, c’était elle qui se déplaçait à Amman, et la fois suivante, c’était sa fille qui venait à Gaza. Les autorités israéliennes ont toutefois suspendu ces visites en 2 000, après le début de la deuxième Intifada.

  Une santé déclinante  

Hajjeh Moazzaz, aujourd’hui âgée de plus de 80 ans, n’est plus en assez bonne santé pour continuer à vivre seule. Elle était allée vivre chez son frère Ali, mais celui-ci était décédé une année plus tard. Ces dix dernières années, les seuls contacts qu'elle avait avec sa fille se passaient par téléphone. « Ma santé se dégradait. Je voulais finir mes jours de mes petits-enfants. Je ne pourrais pas mourir en paix en étant loin d'eux et loin de ma fille adorée », avoue-t-elle.

Après plusieurs tentatives infructueuses d'obtenir un permis pour que sa mère puisse quitter Gaza, Sabah a finalement pris contact avec le CICR à Amman en février 2010. Là, elle a demandé qu’on l’aide pour que sa mère puisse la rejoindre le plus rapidement possible.

Le CICR a consenti à entreprendre toutes les démarches en vue de l’obtention du permis et à coordonner le transfert de Hajjez Moazzaz avec les autorités palestiniennes, israéliennes et jordaniennes. « Les personnes âgées et les enfants sont une priorité pour le CICR, qui met tout en œuvre pour réunir les personnes séparées par un conflit », explique Veronika Hinz Gugliuzza, coordonnatrice des activités de rétablissement des liens familiaux pour l’institution à Jérusalem.

  Un voyage semé d’embûches  

Stoïque, Hajjeh Moazzaz a pris place dans le véhicule du CICR. Elle sait qu’un long voyage d’une journée semé d’embûches l’attend, compliqué par la situation politique et les impératifs de sécurité en vigueur dans la région. Il faut d’abord franchir le point de passage d’Erez entre Gaza et Israël. Un collaborateur local du CICR la pousse sur un fauteuil roulant le long d’un corridor de sécurité d’un kilomètre et demi. Puis, au poste de contrôle israélien, Hajjeh Moazzaz doit se soumettre à une fouille manuelle.

Commence ensuite une nouvelle étape, à bord d’une autre voiture du CICR qui l’emmène à Jéricho. Là, dernières démarches administratives – d’abord du côté israélien, puis palestinien – avant de rejoindre le pont du roi Hussein (anciennement pont Allenby), qui relie la Cisjordanie à la Jordanie. Anne-Sophie Bonnet, la déléguée du CICR qui accompagne Hajjeh Moazzaz dans son épopée, précise que la vieille dame a bien de la peine à contenir son étonnement face à tout ce qu’elle découvre sur le trajet.

Et, alors qu'elle traverse le pont du roi Hussein, juste avant de retrouver sa fille, Hajj eh Moazzaz remet coquettement en place l’écharpe qui couvre sa tête et, les yeux brillants de joie, elle déclare : « J’ai rêvé de ce jour minute après minute, ces dix dernières années. »

  Des retrouvailles émouvantes  

Pour Hajjez Moazzaz, la traversée du pont signifie la fin du périple. Elle est épuisée et ses mains sont secouées de tremblements. Elle essaie de trouver des yeux sa fille parmi la foule, quand soudainement elle l’aperçoit qui se précipite vers la voiture du CICR. Sabah saisit alors la main de sa mère et l’embrasse. « J’avais le trac au moment où j’ai vu la voiture traverser le pont. Je ne pouvais pas attendre de prendre ma mère dans mes bras », dit-elle les yeux pleins de larmes.

À leur arrivée à la maison, tous les enfants et les petits-enfants de Sabah attendent dehors. Ils ont revêtu leurs plus beaux habits pour célébrer ce moment important.

« J’ai dix enfants et quatre petits-enfants, explique Sabah. Ma mère ne connaît que cinq de mes enfants, et aucun de mes petits-enfants. Il a fallu que j’attende dix ans pour pouvoir de nouveau la serrer dans mes bras. Pour moi, l'avoir retrouvée est la chose la plus importante au monde Je ne la perdrai plus jamais de vue ; pas une seule seconde ! »