Namibie : les familles de Caprivi tiennent plus que tout aux visites qu’elles rendent à leurs proches en détention

21-05-2007 Éclairage

Alors que le reste du monde célébrait le 1er mai, plus de 140 habitants de la bande de Caprivi, en Namibie, avaient d’autres raisons de se réjouir : ce jour-là, attendu depuis longtemps, ils pouvaient enfin rendre visite à leurs proches emprisonnés depuis le soulèvement sécessionniste de Caprivi en 1999.

     
    ©CICR/D. Zambuko      
   
    Une déléguée du CICR avec les proches d’une personne détenue à la prison centrale de Windhoek.      
           
   

   
    ©CICR/D. Zambuko      
   
    Une déléguée du CICR accueille des familles qui reviennent à leur logement après un jour de visite.      
           
   

   

Cette journée faisait partie d’une série de visites organisées par le CICR entre le 23 avril et le 11 mai. À la fin de ces trois semaines, l’institution avait donné la possibilité à 385 proches des 131 personnes soupçonnées de haute trahison, détenues depuis 1999, de leur rendre visite.

Conformément à sa mission internationale de rétablissement et de maintien des liens familiaux rompus par les conflits armés et leurs conséquences, le CICR organise et finance deux visites de ce type par an. En Namibie, le programme ne se limite pas à la coordination avec les autorités détentrices ; il s’agit également de transporter les proches sur les 1 300 km séparant Caprivi de la prison centrale de Windhoek, de les loger dans la capitale et de payer leurs dépenses sur place. En effet, afin de pouvoir se rendre à la prison plusieurs fois, ils restent trois jours à Windhoek.

Les conditions de visite sont loin d’être idéales, puisque les détenus sont séparés de leur famille par une vitre ; cependant, ces visites sont extrêmement importantes pour tous leurs bénéficiaires.

« Le programme du CICR me permet de communiquer avec mon frère et mes quatre oncles pendant 30 minutes », raconte Maria*. C’est le temps accordé par les autorités pour les visites quotidiennes. « Mais surtout, c’est la seule occasion où je peux redonner espoir à des personnes qui perdent rapidement patience et espérance », ajoute Maria, juste après sa visite du 1er mai. Sa vie est difficile depuis 1999 ; elle doit s’occuper des six enfants de ses oncles en détention. Les mères de ces enfants ont quitté le village pour chercher du travail plus au sud. La bande de Caprivi est la région la plus pauvre de Namibie.

Pour nombre de familles, il s’agit de leur seule occasion de donner des nouvelles de leur foyer et de recevoir des instructions des hommes de la famille sur la manière de gérer les choses en leur absence, conformément à leurs traditions. Les détenus peuvent également avoir des nouvelles de leurs enfants ou les voir, et être informés sur les naissances et les décès dans leur famille.

Moses* a 17 ans et son père est en prison depuis 1999. En 2005, il l’a vu pour la première fois depuis son arrestation grâce à une visite organisée par le CICR. Le jeune homme dit que la vie a changé depuis que son père est détenu. Pour pouvoir gagner de l’argent et l’envoyer à l’école, sa mère a commencé à vendre du poisson.

Peu après sa visite à la prison, Nosisa* a dit au CICR que les visites étaient si importantes pour les familles et leurs proches en détention qu’il faudrait en organiser quatre par an. Elle a déjà hâte de revoir son mari. Grâce au programme du CICR, Nosisa a pu lui rendre visite chaque année depuis 2004.

« Je me sens privilégiée, déclare Nosisa, car normalement, le voyage de Katima Mulilo (sa ville natale), à Caprivi, jusqu’à Windhoek me coûterait au moins 500 dollars namibiens. Mais je n’en gagne que 100 par mois pour vivre en vendant des petits pains à des écoliers. Avec ce que je gagne, je ne pourrais jamais rendre visite à mon mari à Windhoek. J’ai une vie difficile à Caprivi. » Selon les estimations du CICR, peu de familles de détenus pourraient se permettre le voyage ; et c’est sans compter leurs dépenses en arrivant à Windhoek, où la vie est beaucoup plus chère qu’à Caprivi.

Sarah* fait des nettoyages dans les écoles ; elle est ravie, car son mari a annoncé à la famille que sa tension artérielle avait baissé depuis qu’il avait commencé à recevoir des nouvelles de la maison. Sarah et ses filles lui rendent visite en mai de chaque année, grâce au programme du CICR. « J’ essaie de lui acheter de nouveaux vêtements chaque année ; pour lui, Noël est en mai, quand il nous voit », conclut-elle en souriant.

Si chaque série de visites dure trois semaines, il faut beaucoup plus de temps pour les préparer. Chaque détenu donne les noms de cinq proches qu’il souhaite voir. Le CICR s’efforce ensuite de trouver trois d’entre eux et de les amener au centre de détention. Des équipes du CICR et de la Croix-Rouge de Namibie sillonnent les coins les plus reculés de la bande de Caprivi afin de trouver les proches et de leur donner des informations sur le programme et la prochaine visite.

La bande de Caprivi résulte d’un échange de territoires effectué entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne en 1890. La Grande-Bretagne a ainsi reçu le Zanzibar, tandis que l’Allemagne a obtenu la bande de territoire qui est devenue la bande de Caprivi, et avec elle l’accès au Zambèze. Il s’agit d’une longue langue de territoire qui s’étend vers l’est depuis le nord de la Namibie ; elle longe les frontières de l’Angola et du Botswana en direction de la Zambie et du Zimbabwe.

Depuis l’indépendance de 1990, plusieurs membres du SWAPO, le parti au pouvoir en Namibie, remettent en cause la loyauté des habitants de Caprivi envers le nouvel État. Nombre de ces derniers ont l’impression de ne pas avoir grand-chose en commun avec le reste du pays et d’avoir été négligés par le gouvernement central. Le soulèvement sécessionniste de 1999, tentative manquée et jamais répétée, avait pour but la séparation de la Namibie.

Les 131 personnes détenues pour haute trahison attendent d’être jugées depuis environ sept ans. « J’espère que le procès prendra fin bientôt, pour que mon père puisse revenir à la maison, dit Moses. Il me manque depuis trop longtemps ».

  *Tous les noms ont été modifiés afin de garantir la vie privée des personnes concernées.