Égypte : un spécialiste du CICR évalue la situation médicale sur place

16-02-2011 Interview

Le docteur Hassan Nasreddine, chirurgien-chef au CICR, vient de rentrer au siège de l'institution à Genève après un voyage au Caire, où il a pu se faire lui-même une idée de la situation. Il nous raconte sa mission.

     
    ©ICRC/N. Cohen /eg-e-00011      
   
Place Tahrir, Le Caire. Des médecins, des infirmiers et de simples citoyens ont improvisé un poste de premiers secours pour soigner des personnes blessées durant les manifestations .      
           
     
     
   
Hassan Nasreddine      
Quel était l’objectif de votre mission au Caire ? Quelle a été votre première impression en arrivant sur place ?

Ce qui m’a le plus frappé quand je suis arrivé au Caire, c’est de voir des civils mettre en place des barrages routiers pour protéger leurs quartiers des pilleurs alors que les forces de police avaient déserté les rues. J'ai été choqué par les scènes de violence, les pillages et les bâtiments incendiés en plein centre-ville. Maintenant que tout est rentré dans l’ordre sur la place Tahrir, on a de la peine à imaginer ce qui s’y passait il y a quelques jours.

J’avais pour principal objectif d’évaluer la situation sur le plan des soins médicaux et de santé, afin de me faire une idée de l’ampleur des besoins au Caire et à Alexandrie. Dès le début des manifestations, la priorité du CICR a été d’aider les secouristes à gérer la situation. Nous avons travaillé en étroite coopération avec la Société du Croissant-Rouge égyptien, notre principal partenaire, qui nous a fourni une liste des hôpitaux où la plupart des blessés étaient conduits. Sur la base des évaluations réalisées, des fournitures médicales ont été acheminées au Caire et distribuées par l'intermédiaire du Croissant-Rouge égyptien et du ministère de la Santé. Il s'agissait avant tout d'éviter que ne s'épuisent les stocks d’urgence disponibles au Caire et dans les autres villes.

  Avez-vous pu distribuer des fournitures médicales ?  

Conjointement avec la Société du Croissant-Rouge égyptien, nous avons distribué au cours du week-end du matériel médical et chirurgical à 12 hôpitaux du Grand Caire où la plupart des blessés ont été admis : l’hôpital général de Manshiyet el Bakri, l’hôpital général de Mounira, l’hôpital Sahel, l’hôpital Om el Massriyin, l’hôpital général Boulak el Dakrour, l’hôpital Al Ahram, l’hôpital général Embaba, l’hôpital général Tahrir, le Nasser Institute Hospital, l’hôpital Helal, l’hôpital Kasr el Eini et l’hôpital Demerdash.

Les fournitures distribuées suffisaient pour traiter jusqu'à 1 000 blessés graves. En outre, le Croissant-Rouge égyptien a reçu assez de bandages et de pansements pour soigner 5 000 blessés. Nous avons par ailleurs conservé dans notre stock du matériel de pansement nécessaire pour traiter quelque 5 000 ble ssés légers.

  Quelles ont été les principales difficultés auxquelles le personnel médical a eu à faire face durant les pics de violence ?  

Au cours des premiers jours de février, le personnel des postes de premiers secours et des hôpitaux a dû faire face à l’afflux de centaines de blessés. Cependant, dans la mesure où personne ne s’aventurait en ville avec sa voiture, il y avait moins de victimes d'accidents de la route dans les hôpitaux. Par ailleurs, les secouristes présents sur la place Tahrir étaient très bien organisés.

Plusieurs d'entre eux m'ont tenu régulièrement informé de la situation, de même que des agents de santé et des membres du personnel médical actifs à d'autres endroits. Les médecins, le personnel infirmier et les secouristes recevaient continuellement des vivres, des médicaments et d'autres articles rassemblés par des civils dans leurs quartiers.

À leurs dires, la plus grande partie de leur travail consistait à soigner des blessures légères, les personnes gravement blessées étant transportées à l’hôpital en ambulance. Les services médicaux d’urgence stabilisaient les patients et assuraient le triage, afin de veiller à ce que les cas les plus graves soient traités en priorité. En Égypte, contrairement à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, en Europe notamment, ce n'est pas la Société nationale – le Croissant-Rouge égyptien dans le cas présent – qui dirige les opérations en cas d’urgence médicale, mais le ministère de la Santé, qui a la responsabilité des premiers secours et des soins pré-hospitaliers. 

  Et maintenant ? Comment prévoyez-vous de coopérer avec le Croissant-Rouge égyptien ?  

Pour l’heure, nous n’avons pas recensé d’autres besoins, mais nous continuons à suivre attentivement la situation, et nous nous tenons prêts à apporter notre assistance en cas de besoin.

L’une des principales difficultés est qu'il faut s'adapter à une situation évoluant rapidement et dans laquelle vous avez affaire à des individus directement ou à des organisations peu structurées, et non aux autorités. Vous devez trouver de nouveaux moyens originaux pour rassembler les informations et être prêts à agir vite.

Nous recherchons également des moyens de développer et de renforcer notre partenariat avec la Société du Croissant-Rouge égyptien. Grâce à son vaste réseau d’employés et de volontaires, elle est pour nous un partenaire clé.