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République centrafricaine : le principal problème reste les déplacements de populations

01-12-2006 Interview

Dans une interview accordée pour le site Internet du CICR, Klaus Spreyermann, chef de la délégation régionale à Yaoundé, parle de la présence de l'institution dans la région et de la façon dont celle-ci répond aux besoins humanitaires en République centrafricaine, à la suite de la rébellion qui a éclaté en 2005.

     

    ©ICRC      
   
Klaus Spreyermann      
         

  Quelles sont les activités principales de la délégation régionale à Yaoundé ?  

     

Les activités principales et traditionnelles sont la promotion du droit international humanitaire et la coopération avec les Sociétés nationales dans les pays que nous couvrons. Nous obser vons ces activités depuis maintenant des années, et elles se déroulent généralement assez bien. Mais nous travaillons également en tant que délégation régionale et, à ce titre, nous faisons office de « station d'alerte précoce ». En fait, si l'on regarde ce qui a été réalisé au cours des trois dernières années, je pense que c'était assez justifié d'avoir examiné avec autant d'attention la région dans son ensemble. Tout d'abord, en 2004, nous avons dû établir une délégation au Tchad, ce que nous avons fait depuis la délégation de Yaoundé. Puis cette année, sur le plan opérationnel, nous avons dû faire face au conflit armé en République centrafricaine.

  À propos de la République centrafricaine, comment qualifieriez-vous la situation humanitaire là-bas, et comment le CICR compte-t-il répondre aux besoins ?  

Il faut bien comprendre que la situation en République centrafricaine est liée à différents facteurs. Le premier est l'extrême pauvreté, l'une des plus graves du monde. Puis il y a les 15 années de rébellion, de coups d'État et de changements politiques et militaires, de sorte qu'aujourd'hui, les services publics n'existent presque plus. En outre, depuis la fin de l'année 2005, une rébellion a éclaté dans le nord-ouest du pays, et ces deux derniers mois, il y a eu un autre mouvement de révolte dans le nord-est. Sur le plan humanitaire, cela s'est traduit par le déplacement de plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup sont parties se réfugier au Tchad, et d'autres sont venues au Cameroun. Mais notre plus grande préoccupation concerne les personnes déplacées à l'intérieur de la République centrafricaine. D'après ce que nous avons pu établir à ce jour, nous savons qu'il y a au moins 50 000 déplacés internes, ne serait-ce que dans les régions où nous sommes présents, en dehors de Pawa, et des dizaine s de milliers d'autres que nous ne pouvons atteindre actuellement. C'est là le principal problème humanitaire, à savoir les déplacements de populations à l'intérieur du pays.

  En tant qu'institution, comment comptez-vous répondre aux besoins de ces populations ?  

     

Dès le début des premières rébellions que j'ai évoquées, nous avons établi une présence dans le nord-ouest du pays en ouvrant un bureau à Pawa. Ce bureau met en place les activités traditionnelles du CICR, c'est-à-dire la protection, l'assistance et la promotion du droit international humanitaire, en étroite coopération avec la Société nationale. Nous avons donc commencé à réaliser un large éventail d'activités dans cette région. Dans le domaine de la protection, nous faisons en sorte, par le biais d'observations, que les forces armées et les rebelles respectent le droit international humanitaire, et nous faisons des démarches confidentielles au niveau bilatéral auprès des personnes susceptibles d'avoir violé ce droit. Nous visitons également toutes les personnes détenues en raison du conflit et nous déployons maintenant des activités d'assistance sur une grande échelle, telle la distribution d'articles non alimentaires en faveur des personnes déplacées par le conflit.

     

  À votre avis, comment le CICR est-il perçu dans la région ?  

Il faudrait distinguer deux zones dans lesquelles nous travaillons. En tant que délégation régionale proprement dite participant aux activités de promotion du droit international humanitaire, nous avons une longue présence dans la région, qui remonte à 1992. Nous avons donc établi, au fil du temps, de très bonnes relations avec les autorités politiques et militaires. Là où nous sommes devenus plus opérationnels en matière d'assistance et de protection, comme en République centrafricaine, nous avons encore du chemin à parcourir pour nous faire connaître du large public et nous nous y employons à travers la mise en œuvre d'un programme de communication opérationnelle dans les régions où nous travaillons.

  Comment la délégation régionale va-t-elle évoluer dans les prochains mois ou les prochaines années ?  

     

Dans cette région, il n'est pas possible de penser en années. Bien sûr, il y a des pays tels que le Cameroun et le Gabon où la situation est relativement stable et où nous pouvons prévoir à l'avance pour les années à venir. Mais dans le contexte plus opérationnel de la République centrafricaine, il faut considérer la situation mois par mois. Aujourd'hui, j'ai l'impression que la situation va malheureusement durer quelque temps ; nous devons donc nous préparer à répondre aux besoins humanitaires qui continuent de naître du conflit.