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Guerre des Malouines (Falkland) : l’action du CICR en faveur des prisonniers de guerre

23-04-2007 Interview

En 1982, lorsqu’éclata le conflit qui opposa la République d’Argentine au Royaume Unien raison d’un différend au sujet des îles Falkland / Malouines, Edmond Corthésy était chef de la délégation du CICR à Buenos Aires. Au cours de cette interview, il se remémore les activités déployées par l’institution pendant le conflit, notamment les actions en faveur des prisonniers de guerre.

 
Edmond Corthésy était le délégué régional du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Buenos Aires pendant le conflit de l’Atlantique Sud, et c’est lui qui a dirigé les actions humanitaires depuis le continent.  

          

Quelle fut la principale activité du CICR au cours du conflit de l’Atlantique Sud ?   Je me rappelle que nous avions accès à tous les prisonniers de guerre regroupés à Port Stanley /Puerto Argentino, y compris aux officiers de haut rang, dont le commandant des forces armées argentines au îles Falkland / Malouines 1  ; nous avons également visité et enregistré quelque 500 officiers prisonniers sur un ferry, le St. Edmund, où l’un de nos délégués resta jusqu’à ce que les derniers combattants captu rés soient libérés, en juillet. En ce qui concerne l'autre partie au conflit, le CICR s’est entretenu plusieurs fois avec un prisonnier britannique, un aviateur qui avait été capturé au combat, transféré sur le continent et détenu dans une base des forces aériennes dans le nord-ouest de l'Argentine, près de La Rioja; ensuite, il fut conduit à Montevideo, en Uruguay, sous l'égide du CICR et remis aux autorités de son pays 2 .

Lors des visites, nous enregistrions les données des prisonniers et, bien évidemment, nous observions aussi, d'un point de vue humanitaire, leur état de santé et leurs conditions de détention.

De mai à juillet, nous avons enregistré, au total, plus de 11 000 combattants argentins capturés par les troupes britanniques ; nous avons rempli des formulaires avec leurs données comme le requiert la IIIe Convention de Genève, et nous en avons transmis un exemplaire aux autorités argentines.

Le CICR a également facilité les opérations de libération de divers prisonniers, au cours des hostilités ou après qu’elles eurent pris fin.

  Au cours du conflit de l'Atlantique Sud :  

  •  le CICR visita et enregistra 11 692 prisonniers de guerre ;
  • transmit 800 messages Croix-Rouge :
  • entreprit des actions de prévention sur le continent et sur les îles ;
  • déploya une équipe de 11 expatriés, dont 3 médecins, bénéficiant du soutien des employés locaux à Buenos Aires et de délégués à Genève.
  • Le 18 mars 1991, près de dix ans après la fin du conflit, 358 membres de familles d’anciens combattants argentins tombés sur les îles se rendirent pour la première fois sur les tombes de leurs proches, sous l’égide du CICR.
  • Actuellement, le CICR continue à délivrer des certificats de prisonniers de guerre aux ex-combattants qui ont des difficultés à faire valoir leur droit à une pension.
  •     

Avez-vous participé personnellement à certaines de ces opérations ?       

J’ai pris part à une de ces opérations de libération à la fin du conflit, lorsque plus de 4 000 prisonniers de guerre arrivèrent à Puerto Madryn sur un navire anglais. Je me rendis de Buenos Aires à Madryn, en Patagonie, à la fin juin, à bord d'un hélicoptère mis à disposition par les forces armées argentines. Je montai sur le navire anglais, où je m'entretins avec les officiers, puis je redescendis pour parler aux Argentins. Les soldats purent alors commencer à débarquer ; nous dûmes compléter les dossiers de bon nombre d’entre eux, car pour différents motifs, nous n’avions pas pu le faire sur les îles... beaucoup arrivant à l’heure du départ.

C’est le rôle que doit jouer le CICR dans ce genre de situations, être un acteur neutre. À cette occasion, nou s avons facilité les contacts entre les parties et organisé la remise des prisonniers de guerre au gouvernement argentin. Les parties au conflit, dans ce cas l'Argentine et le Royaume-Uni, doivent libérer les prisonniers sans délai après la fin des hostilités actives, comme l’exigent les Conventions de Genève de 1949.

 

Quelles autres activités le CICR a-t-il déployées ?       

Le jour où les hostilités éclatèrent, le CICR envoya une note aux parties pour leur rappeler les obligations que leur confèrent les quatre Conventions de Genève de 1949 en cas de conflit armé international.

La délégation de Buenos Aires est restée en contact permanent avec le ministère des Affaires étrangères et l’état-major conjoint des forces armées argentines, afin de régler tous les problèmes de nature humanitaire liés directement au conflit, notamment l’accès aux zones des hostilités, la notification des navires-hôpitaux et leur signalisation, ainsi que l’échange de blessés et de prisonniers de guerre. De son côté, le siège du CICR à Genève a maintenu d’étroites relations avec la Mission permanente du Royaume-Uni à Genève et les ministères concernés à Londres.

Dès le début des hostilités, les deux pays manifestèrent leur volonté de respecter les dispositions du droit international humanitaire.

Par exemple, les parties invitèrent le CICR à visiter les six navires-hôpitaux qui furent actifs pendant le conflit. Nous avons été particulièrement attentifs à ce que la signalisation de chacun d’entre eux soit conforme aux dispositions de la IIe Convention de Genève de 1949.

Au cours de cette guerre de l'Atlantique Sud, c'est la première fois que fut appliquée la IIe Convention, qui concerne les conflits sur mer. Quant à moi, à la demande des autorités argentines, j'ai visité le navire Bahía Paraíso, alors qu’il se trouvait dans le port de Buenos Aires, avant de partir vers la zone du conflit.

Les délégués du CICR purent rejoindre les îles Falkland / Malouines à bord d’un des navires-hôpitaux britanniques. Nous avions essayé auparavant de nous y rendre depuis la Patagonie, mais ce ne fut malheureusement pas possible, en raison de différents problèmes découlant de la situation de conflit. Finalement, les premiers à arriver y posèrent le pied le 10 juin.

L’une des raisons pour lesquelles nous souhaitions nous trouver sur les îles, c'était pour pouvoir délimiter un territoire neutre, au sens des Conventions de Genève. Nous définîmes ainsi un périmètre autour de l’église de Port Stanley / Puerto Argentino pour accueillir les civils en cas de combats dans la capitale de ces îles, ce qui ne se produisit finalement pas. Le conflit touchait déjà à sa fin.

C'est là que nos délégués agirent comme intermédiaires neutres entre les Argentins et les Britanniques, qui acceptèrent la création de cette zone neutre. Il me semble important de souligner que les deux parties s’y engagèrent par écrit en respectant les Conventions, ce qui est peu fréquent en droit international humanitaire.

  
Notes :

1. La dénomination « îles Falkland / Malouines » correspond à la doctrine du CICR : Lorsqu’un territoire est revendiqué par plusieurs parties qui lui donnent un nom différent, il ne relève pas de la compétence du CICR de trancher cette question de dénomination. Les dénominations utilisées par les parties seront donc citées conjointement , dans l’ordre alphabétique français.

2. Au début du conflit de l’Atlantique Sud, des soldats et des civils britanniques furent capturés par les forces armées argentines et remis aux autorités de leur pays à Montevideo; dans ce cas, même si le CICR se préoccupa de leur sort dès le mois d’avril, il ne participa pas aux opérations de rapatriement.