Nord-Caucase : le CICR poursuit ses activités dans un environnement de plus en plus violent

08-04-2010 Interview

En Ingouchie, en Tchétchénie et au Daghestan, les conditions de sécurité se sont dégradées depuis l'été dernier et demeurent extrêmement précaires, ce qui rend la vie de beaucoup de civils difficile. Djordje Drndarski, chef adjoint des opérations du CICR pour l'Europe orientale, donne son point de vue sur la situation humanitaire dans la région et sur les opérations qui y sont menées par l'institution.

  Dans l'ensemble, qu'en est-il de la situation humanitaire dans le Nord-Caucase ?  

     

Les conditions de sécurité se sont dégradées depuis l'été dernier et restent bien trop précaires pour beaucoup de civils en Ingouchie, en Tchétchénie et au Daghestan. Même si la plupart des actes de violence ne visent pas directement les civils, ceux-ci sont touchés par les opérations de sécurité ou les attaques telles que celle qui a eu lieu au Daghestan la semaine dernière. Ces violences génèrent évidemment un climat d'incertitude et de crainte. Bien que, dans l'ensemble, nous ayons constaté une amélioration progressive de la situation humanitaire ces dernières années, et un redressement économique en termes relatifs, la vie reste difficile pour un grand nombre de personnes. Cela est particulièrement vrai pour les familles dans lesquelles des membres sont toujours portés disparus en lien avec les conflits passés. Malgré cette flambée de violence, nous ne sommes pas encore, à ce stade, face à une situation d'urgence humanitaire majeure dans le Nord-Caucase.

  À votre avis, quel est aujourd'hui le principal problème sur le plan humanitaire dans le Nord-Caucase ?  

     
    ©Reuters      
   
Dégâts causés par deux explosions survenues dans la ville de Kizlyar, au Daghestan.      
         

L'insécurité croissante a de lourdes conséquences. Il est clair que les opérations de sécurité et les actes de violence ont des répercussions sur le plan humanitaire, que le CICR s'emploie à suivre. Nous abordons ces questions délicates avec les autorités compétentes de manière confidentielle, dans l'objectif d'empêcher les souffrances inutiles. Nous rappelons également aux décideurs les obligations qui sont les leurs au regard du droit international humanitaire et d'autres instruments pertinents.

     

  Qu'en est-il de la question des personnes portées disparues ?  

Rien que dans la République tchétchène, des milliers de familles attendent toujours de savoi r ce qu'il est advenu de leurs proches disparus. On estime à plus de 5 000 le nombre de personnes toujours portées disparues dans le Nord-Caucase en lien avec les conflits passés. Les familles ont le droit de connaître leur sort. Il est essentiel qu'elles découvrent ce qui s'est passé pour pouvoir reprendre leur vie en main.

  Que fait le CICR à ce sujet ?  

     

Nous rappelons aux autorités fédérales et républicaines en Russie leurs responsabilités sur les plans humanitaire et juridique à l'égard des familles des personnes disparues. Nous continuons également à plaider pour que soient mis en place des mécanismes destinés à résoudre ce problème – un cadre juridique adéquat, une commission fédérale sur la question des personnes portées disparues et des listes correctement établies contenant le nom de toutes les personnes toujours portées disparues en lien avec les conflits en Tchétchénie. En 2009, nous avons publié un rapport qui mettait en évidence les besoins économiques et psychologiques des familles des personnes disparues. Nous apportons également un soutien psychosocial à des proches de personnes disparues, en collaboration avec la section tchétchène de la Société de la Croix-Rouge russe. Nous travaillons aussi avec les médecins légistes locaux en organisant des formations spécialisées et en fournissant divers outils aux laboratoires de médecine légale.

  Que fait le CICR au sujet des récentes disparitions en Tchétchénie ?  

     

Sur la base des informations que nous collectons auprès des familles, nous communiquons les cas rapportés d'arrestations et de disparitions aux autorités locales et centrales, et nous entreteno ns un dialogue confidentiel permanent avec les autorités locales et fédérales afin d'élucider le sort des personnes disparues. Tant que les familles ne sauront pas ce qu'il est advenu de leurs proches, les violences actuelles et les conflits passés continueront de jeter une ombre sur toute la région.

  Quelles activités le CICR mène-t-il actuellement dans le Nord-Caucase ?  

     

Le CICR est présent dans toute la région ; il dispose en effet de bureaux en Kabardino-Balkarie, en Ossétie du Nord, en Ingouchie, en Tchétchénie et au Daghestan. Nous opérons dans le Nord-Caucase depuis 1992, et plus de 200 collaborateurs y sont aujourd'hui à pied d'œuvre. Comme je l'ai dit, la protection des besoins des personnes victimes de violences dans la région reste la priorité. En ce qui concerne nos activités d'assistance, les programmes liés aux conflits passés ont évolué, et l'assistance à grande échelle a fait place aux projets de relèvement individuels. Nous nous assurons que nos activités reflètent l'évolution de la situation, qui est passée de la phase d'urgence à un début de relèvement marqué par la violence.

     

  En quoi consistent ces programmes ?  

     

En 2005, le CICR a lancé diverses initiatives microéconomiques destinées à renforcer la capacité des familles démunies à surmonter les difficultés économiques. Ces initiatives visaient notamment les familles de personnes disparues, les personnes déplacées, les personnes vivant dans des zones contaminées par des mines terrestres et les familles de personnes détenues en lien avec les conflits. Ce sont des catégories de personnes qui disposent de peu de moyens pour se sortir de la situation dans laquelle elles se trouvent. Bien entendu, nous gardons la possibilité de répondre à d'autres besoins dans cet environnement qui demeure instable.

  Les mines terrestres représentent-elles toujours un danger dans la région ?  

     

Les mines terrestres constituent toujours un problème urgent sur le plan humanitaire, dans la République tchétchène en particulier. Des milliers de personnes sont touchées par ce fléau. Les zones dangereuses n'ont pas été déminées ni marquées de manière systématique en Tchétchénie. De ce fait, beaucoup de familles ne sont pas en mesure de participer aux activités économiques traditionnelles ou saisonnières. Les actions de sensibilisation de la population au danger que représentent les mines et les initiatives et projets microéconomiques visant à améliorer l'accès aux sources d'eau et d'énergie réduisent les comportements à risques, mais cela ne suffit pas. Il faut s'attaquer de manière globale aux problèmes liés à la contamination par les armes, en établissant notamment des relations suivies avec les autorités et les communautés concernées.