Les actions du CICR en Hongrie et au Moyen-Orient en 1956

31-08-1996 Article, Revue internationale de la Croix-Rouge, 820, de Françoise Perret

  Il y a 40 ans: insurrection à Budapest et conflit de Suez  

  Comme le rappelle Françoise Perret dans son étude sur l'action du CICR en Hongrie, 1956 est d'abord l'année de la déstalinisation, lancée par le fameux rapport de Khrouchtchev devant le XXe Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique. Cet événement a changé le cours de l'histoire du XXe siècle, et l'insurrection qui a éclaté en octobre 1956 à Budapest en a été une conséquence directe. Avec son étude intitulée « L'action du CICR en Hongrie », Françoise Perret, chargée de recherches au CICR, rappelle l'intervention du CICR pendant ces journées dramatiques pour la Hongrie. Depuis lors, l'histoire a une fois de plus changé de cap, avec l'écroulement du régime communiste en 1989.  

     

  Les coups de feu retentissaient encore à Budapest que la guerre éclatait au Moyen-Orient. Dans sa seconde analyse, Françoise Perret décrit « L'action du CICR pendant le conflit de Suez en 1956 ». Au Moyen-Orient aussi, les données se sont profondément modifiées depuis cette époque: en 1978, l' Accord de Camp David a mis fin à des années de conflit entre l'Égypte et Israël, puis, près de vingt ans plus tard, les accords d'Oslo et du Caire ont jeté les bases d'un État palestinien.  

     

  Le second volume de l'histoire du CICR [1], écrit par André Durand, se termine avec l'examen des suites immédiates de la Seconde Guerre mondiale. Quant à la partie historique de l'ouvrage de François Bugnion [2], elle ne développe pas non plus la période après 1945. En publiant les deux textes de Françoise Perret, la Revue a pporte une contribution au puzzle que constitue l'histoire du CICR dans la seconde moitié du XXe     siècle.  

     

  La Revue  

  Notes  

1. Histoire du Comité international de la Croix-Rouge: De Sarajevo à Hiroshima, Institut Henry Dunant, Genève, 1978.

   

2. F. Bugnion, Le Comité international de la Croix-Rouge et la protection des victimes de la guerre , CICR, Genève, 1994.

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  L'Action du CICR en Hongrie en 1956  

     

  LA RÉVOLUTION ÉCRASÉE  

En Europe de l'Est, 1956, c'est d'abord l'année de la destalinisation, l'année du XX e Congrès du Parti communiste d'URSS, réuni du 17 au 24 février, et au cours duquel Nikita Khrouchtchev présente son fameux rapport sur les crimes de Staline.

Les répercussions de ces révélations ne se font pas attendre, notamment en Pologne où, dès le mois d'avril 1956, des milliers de prisonniers politiques sont libérés. Parmi eux, Wladyslaw Gomulka, ancien secrétaire général du parti communiste polonais « parti ouvrier unifié polonais » (POUP) de 1943 à 1948, qui avait été limogé en 1948 pour « déviation droitière et nationaliste » , puis incarcéré en 1951.

Sept mois plus tard, le 20 octobre 1956, Gomulka est élu premier secrétaire du POUP. La nouvelle fait sensation à Budapest et, le 23 octobre 1956, des dizaines de milliers de Hongrois manifestent devant la statue du général Bem héros polonais de la révolution hongroise de 1848.

Ils se dirigent ensuite vers l'appartement d'Imre Nagy, ancien partisan de Béla Kun, qui avait vécu en exil à Moscou jusqu'en 1944, date à laquelle il était revenu en Hongrie avec les troupes soviétiques. Il avait été successivement ministre de l'Agriculture, ministre de l'Intérieur, président de l'Assemblée nationale et président du Conseil avant d'être limogé, en j anvier 1955.

Devant l'ampleur de la manifestation en faveur de Nagy, les dirigeants hongrois le nomment séance tenante président du Conseil, mais cela ne suffit pas à calmer la foule ; des premiers coups de feu éclatent et, le lendemain, 24 octobre, la grève générale est déclenchée. À 9 heures du matin, Radio-Budapest annonce la proclamation de l'état de siège ; en vertu de ce décret, tout fauteur de trouble est passible de la peine de mort. En outre, dans un deuxième communiqué, la radio annonce que « les organismes gouvernementaux ont demandé l'aide des troupes soviétiques stationnées en Hongrie, conformément au traité de Varsovie. Répondant à l'appel du gouvernement, les troupes soviétiques prennent part au rétablissement de l'ordre ». Des soldats et officiers hongrois notamment le général Maleter passent alors aux côtés des insurgés ; dès la fin de la matinée, il apparaît que les troupes soviétiques ne peuvent plus compter que sur l'appui des membres de l'AVH (la police de sécurité). János Kadar est nommé premier secrétaire du parti communiste hongrois à la place d'Ernöst Gerö.
 

Dans les jours qui suivent, les combats s'intensifient ; les insurgés, pratiquement désarmés, affrontent les forces gouvernementales hongroises et les blindés soviétiques à coups de cocktails Molotov ; des comités révolutionnaires prennent le pouvoir dans les villes de province.

Le 28 octobre, Imre Nagy donne l'ordre de cesser le feu aux forces gouvernementales ; il annonce qu'un accord a été conclu avec les autorités soviétiques sur le retrait de leurs troupes stationnées en Hongrie ; il prononce la suppression du système du parti unique et fait libérer des détenus politiques, notamment le cardinal József Mindszenty. La révolution paraît triompher.

La plupart des villes de province sont aux mains des insurgés. Györ, où un co nseil national provisoire s'est constitué sous la direction d'Attila Szigethy, membre du parti paysan et député au Parlement, devient le centre de ralliement des insurgés.

Mais, à Budapest, le retrait des forces soviétiques traîne en longueur ; la plupart des insurgés ne déposent pas les armes et la chasse aux membres de l'AVH commence.

Le 31 octobre, nouveau revirement de la situation: les troupes soviétiques occupent tous les aéroports hongrois et encerclent Budapest ; devant cette manoeuvre, Imre Nagy, qui a pris le portefeuille des Affaires étrangères, proclame la neutralité de la Hongrie et son retrait du pacte de Varsovie. János Kadar disparaît. Cependant, les autorités militaires soviétiques acceptent, le 3 novembre, de discuter avec des représentants des forces armées hongroises, notamment le général Maleter, héros de l'insurrection ; mais les négociateurs hongrois sont arrêtés pendant la discussion. Le lendemain, Imre Nagy annonce à la radio que les troupes soviétiques attaquent Budapest ; c'est sa dernière intervention publique ; il se réfugie à l'ambassade yougoslave alors que Kadar et trois anciens ministres diffusent une « lettre ouverte » annonçant qu'ils ont constitué un « gouvernement révolutionnaire ouvrier et paysan » qui a demandé l'aide des forces soviétiques.

Le dimanche 4 novembre 1956, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit d'urgence mais le veto soviétique empêche l'adoption d'un projet de résolution, soutenu par neuf membres du Conseil, qui aurait invité Moscou à retirer ses forces sans délai. Ce veto soviétique va paralyser toute tentative de l'ONU d'intervenir en Hongrie.

Des combats acharnés se déroulent entre les insurgés, d'une part, la police hongroise et l'armée soviétique, d'autre part. En quelques heures, les forces soviétiques occupent les p rincipaux points stratégiques de Budapest et, dans les jours qui suivent, elles occupent le reste du pays. Les documents publiés par les autorités hongroises de l'époque feront état de 2 700 morts et 20 000 blessés ; à Budapest 8 000 logements ont été totalement détruits et 35 000 partiellement, notamment en raison des tirs d'artillerie.

Le 22 novembre 1956, Imre Nagy sort de l'ambassade de Yougoslavie ; il est arrêté, sera condamné à mort et exécuté en juin 1958.

L'écrasement de l'insurrection hongroise est suivi d'une vague d'arrestations, de déportations et d'exécutions, ainsi que par l'exode massif des Hongrois vers l'Autriche et la Yougoslavie.

     

  L'ACTION DU CICR  

     

  Envoi de secours et de délégués  

Le samedi 27 octobre 1956, alors que les combats font rage dans les rues de Budapest, le CICR reçoit un premier appel de la Croix-Rouge hongroise, qui lui demande du sang, du matériel de transfusion et des pansements.

Avec le concours de la Croix-Rouge suisse, il rassemble des secours de première urgence et, le lendemain dans l'après-midi, il expédie à Budapest un premier lot de secours convoyé par deux délégués: Herbert Beckh et René Bovey. [1 ]

L'avion affrété par le CICR repart ensuite pour Vienne, afin d'y chercher les secours qui affluent dans la capitale autrichienne: il effectuera ainsi six voyages de Vienne à Budapest, jusqu'à ce que les troupes soviétiques ferment l'aéroport, soit jusqu'au 31 octobre. [2 ]

Dès leu r arrivée à Budapest, les délégués du CICR prennent contact avec la Croix-Rouge hongroise à laquelle ils remettent leur cargaison de secours ; ils décident que René Bovey sera responsable de l'action du CICR à Budapest, alors que Herbert Beckh tentera de se rendre à Györ pour y entreprendre des pourparlers avec l'un des principaux chefs des insurgés, Attila Szigethy [3 ]

Cependant, à la suite de l'émotion considérable suscitée par les événements de Hongrie, des quantités de secours continuent d'arriver en masse à Vienne. En effet, l'aide humanitaire est la seule façon par laquelle l'Occident manifeste concrètement son soutien aux insurgés hongrois. Le CICR décide donc d'envoyer sur place des délégués spécialisés qui coordonneront, avec la Croix-Rouge autrichienne et la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge (aujourd'hui, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge), l'organisation de l'acheminement de ces secours en Hongrie [4 ]

     

  Appel aux combattants  

Dès l'occupation des aéroports hongrois par les troupes soviétiques, le 31 octobre, pour seconder les efforts de ses délégués en Hongrie, le CICR fait diffuser régulièrement, par le service des ondes courtes suisses et sur la longueur d'ondes qui lui appartient en propre, l'appel suivant:

     

  Au moment où, avec le concours des principales Sociétés nationales de la Croix-Rouge, le CICR s'efforce d'apporter à la Hongrie cruellement éprouvée l'aide secourable dont elle a besoin, celui-ci tient à rappeler quelques principes fondamentaux inscrits dans les Conventions de Genève et qui s'imposent à tous les peuples.  

     

  1) Tous ceux qui ne combattent pas doivent être respectés. En particulier la prise d'otages est interdite.  

     

  2) Il est interdit de tuer ou de blesser un ennemi qui se rend. Les prisonniers doivent être traités avec humanité. En aucun cas ils ne peuvent être l'objet d'une condamnation quelconque sans jugement préalable rendu par un tribunal régulièrement constitué.  

     

  3) Les blessés doivent être recueillis et soignés sans distinction de parti. Le CICR fait appel à tous pour que les principes de ces Conventions que la Hongrie a ratifiées en 1954 soient rigoureusement respectés.
 

  Le CICR adresse également un aide-mémoire aux autorités hongroises et soviétiques auxquelles il demande notamment de faciliter l'action humanitaire de ses délégués en Hongrie. Dans le cadre de ces démarches, le CICR n'a pas pris position sur la qualification juridique du conflit, son principal souci étant de protéger et secourir les victimes des événements dans la mesure des moyens dont il disposait et des autorisations qui lui étaient accordées. [5 ]

     

  Visite des prisonniers gouvernementaux détenus par les insurgés  

Le 1er novembre, Herbert Beckh entre en contact avec les insurgés ; il parvi ent à Györ où un groupe de médecins lui communique un relevé des besoins de la région ; il s'entretient ensuite pendant plus d'une heure avec Attila Szigethy et obtient de lui la garantie formelle qu'il exigera de ses troupes qu'elles traitent humainement, conformément aux principes des Conventions de Genève, les adversaires qui tomberaient en leurs mains ; c'est ainsi que les insurgés renoncent à exécuter quelque 300 prisonniers qu'ils détiennent. Cependant, le lendemain, de retour à Vienne, Beckh apprend que des insurgés ont procédé à des exécutions à Budapest ; il retourne donc à Györ où les chefs des insurgés lui proposent de parler lui-même à la « radio de la libération » ; il y lance un appel, demandant à tous les combattants de traiter humainement leurs ennemis, lorsqu'ils sont blessés ou prisonniers ; cet appel est retransmis par Radio-Budapest tenue par les insurgés. Avant de regagner Vienne, Beckh se rend encore dans la ville frontière de Sopron où, alors que les troupes soviétiques ne sont plus qu'à 12 kilomètres de là, il visite vingt-neuf prisonniers gouvernementaux encore détenus par les insurgés, les autres prisonniers ayant été libérés. [6 ]

     

  La chute de Budapest  

Le 4 novembre, les troupes soviétiques s'emparent de Budapest, la Croix-Rouge hongroise lance un ultime appel téléphonique au CICR pour lui demander d'intervenir afin d'assurer la protection des victimes des combats, conformément aux dispositions de la IVe Convention de Genève pour la protection des civils [7 ] . Toutes les communications avec la Hongrie sont ensuite coupées. Deux délégués du CICR, René Bovey et Jean de Preux, qui vient de le rejoindre, sont bloqués à Budapest ; ils ne parviennent à entrer en contact avec les autorités militaires soviétiques que le 9 novembre ; ils obtiennent alors la gar antie que les convois de la Croix-Rouge pourront entrer en Hongrie. [8 ]

  De son côté, à Genève, le CICR adresse aux autorités hongroises et soviétiques une nouvelle notification leur demandant de faire appliquer les dispositions des quatre Conventions de Genève [9]. En outre, divers émetteurs d'Europe centrale et orientale sont approchés pour diffuser, en langues russe et hongroise, un appel en ces termes:  

     

  Voici un appel solennel du Comité international de la Croix-Rouge aux chefs responsables et combattants de Hongrie: Le Comité international de la Croix-Rouge apprend que, aujourd'hui 7 novembre à midi, des combats se déroulent encore à Budapest et que de nombreux blessés n'ont pu être relevés et secourus. Il adresse un urgent appel aux chefs responsables et combattants afin qu'ils ordonnent d'un commun accord une trêve permettant la relève et l'évacuation des blessés.  

     

  Le présent appel est fait par le CICR conformément aux dispositions prévues par l'article 15 de la première Convention de Genève . [10 ]

Enfin, le 8 novembre, le CICR adresse au président de l'Alliance des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de l'URSS, le Professeur Miterev, un télex le priant instamment d'intervenir personnellement pour obtenir et communiquer au CICR des renseignements sur la situation prévalant à Budapest.

     

  L'action se poursuit depuis Vienne  

Depuis le début de l'insurrection hongroise, les secours affluent dans la capitale autrichienne et le nombre des réfugiés croît de jour en jour [11 ] . Dès lors, une nette répartition des compétences entre les divers organes de la Croix-Rouge actifs à Vienne le CICR, la Ligue et la Croix-Rouge autrichienne s'avère indispensable. Et c'est ainsi que la Ligue et le CICR concluent, le 2 novembre, un accord aux termes duquel la Ligue se chargera de recevoir et coordonner, à Vienne, les envois des Sociétés nationales, alors que le CICR s'occupera de les acheminer en Hongrie et de les distribuer en collaboration avec la Croix-Rouge hongroise. Par ailleurs, l'accord prévoit que l'assistance aux réfugiés sera assurée par la Croix-Rouge autrichienne. [12 ]

Mais, depuis que les troupes soviétiques occupent les aéroports, soit depuis le 31 octobre, l'avion du CICR qui faisait la navette entre Vienne et Budapest ne peut plus y atterrir et les délégués du CICR doivent donc trouver une solution de remplacement, par voie terrestre.

Un premier convoi de 65 véhicules, transportant des secours y compris une colonne sanitaire ainsi que des délégués, des médecins, des infirmières, des interprètes, des chauffeurs et des mécaniciens, quitte Vienne le 9 novembre. Le CICR a notifié le départ de ce convoi aux autorités hongroises et soviétiques, en les priant de faciliter son passage à la frontière ; après une journée d'attente au poste de Sopron, il est autorisé à poursuivre sa route jusqu'à Budapest, où il arrive le 12 novembre. Là il est pris en charge par les deux délégués du CICR restés sur place, Jean de Preux et René Bovey. Dès lors, les camions du CICR transporteront régulièrement des cargaisons de vivres et de médicaments de Vienne à Budapest et, simultanément, les délégués du CICR organiseront d'autres transports de secours par chemin de fer et par péniches sur le Danube. [13 ]

     

  Conclusion d'un accord avec la Croix-Rouge hongroise  

Le 16 novembre 1956, une délégation composée des nouveaux dirigeants de la Croix-Rouge hongroise un collège de professeurs qui s'est constitué spontanément se rend à Vienne où elle conclut, avec le CICR, un accord qui prévoit que :

     

  1. Le Comité international de la Croix-Rouge assume le contrôle de la distribution en Hongrie des secours destinés à la population hongroise qui lui ont été ou qui lui seraient confiés par les Sociétés nationales de la Croix-Rouge, soit directement, soit par l'intermédiaire de la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge.  

     

  2. Le Comité international de la Croix-Rouge assume également le contrôle de la distribution des dons pour la population hongroise qui lui ont été ou qui lui seraient confiés par des gouvernements ou des organismes privés, soit directement, soit par l'intermédiaire du secrétaire général des Nations Unies agissant d'entente avec le gouvernement hongrois.  

     

  3. La distribution de ces dons par l'intermédiaire neutre du Comité international de la Croix-Rouge se fera selon les principes fondamentaux régissant son action, à savoir la stricte impartialité et l'absence de toute discrimination autre que celle dictée par les besoins des personnes à secourir.  

     

  4. Dans ce but, le Comité international de la Croix-Rouge établira d'entente avec la Croix-Rouge hongroise différents programmes d'assistance qui seront réalisés progressivement selon l'urgence des besoins en fonction des secours disponibles. À titre d'exemple, il est prévu de venir en aide en premier aux malades, aux blessés de toute catégorie, aux enfants en bas âge, aux femmes enceintes, aux vieillards et aux infirmes.  

     

  5. Toutes facilités seront accordées au Comité international de la Croix-Rouge aux fins d'installer immédiatement en Hongrie une délégation disposant du personnel nécessaire pour:  

     

  a) établir d'entente avec la Croix-Rouge hongroise les programmes d'assistance mentionnés plus haut,  

     

  b) assurer la garde et la gestion des entrepôts que créera le Comité international de la Croix-Rouge dans les principaux centres de distribution,  

     

  c) acheminer les secours à destination des entrepôts ou en provenance de ceux-ci,  

     

  d) assister à la distribution proprement dite des secours et faire rapport au Comité international de la Croix-Rouge à Genève sur ces distributions à l'intention des donateurs.  

     

  Ce personnel, principalement de nationalité suisse, sera placé sous la direction d'un délégué en chef, siégeant à Budapest et agissant en étroite liaison avec les représentants que la Croix-Rouge hongroise désignera à cet effet.  

     

  6. Afin de permettre l'accomplissement efficace de l'action strictement humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge, la Croix-Rouge et le gouvernement hongrois veilleront à ce que la délégation du Comité international de la Croix-Rouge en Hongrie reçoive, dans l'exercice de ses fonctions, aide et protection de la part de toutes les autorités civiles ou militaires.  

     

  7. Les dispositions générales du présent accord seront complétées par un plan d'opération technique établi d'entente entre les représentants de la Croix-Rouge hongroise et le chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge à Budapest.  

     

  8. Le présent accord ayant pour seul objet la distribution des secours destinés à la population hongroise, il ne saurait être interprété comme limitant les autres activités humanitaires que le Comité international de la Croix-Rouge pourrait être appelé à exercer en Hongrie conformément aux statuts de la Croix-Rouge internationale ou aux dispositions des Conventions de Genève . [14 ]

Le même jour, le ministre de Hongrie à Vienne ratifie ce document au nom du gouvernement hongrois.
 

Suite à la conclusion de cet accord, le CICR renforce sa délégation à Budapest par l'envoi d'un délégué spécialement chargé de dresser, avec la Croix-Rouge hongroise, les plans de l'assistance la plus urgente et d'établir la liste des besoins, à Budapest et dans les provinces. Toutefois, en juin 1957, le collège des professeurs qui dirige la Croix-Rouge hongroise sera dissout et remplacé par des personnalités désignées par les autorités.
 

Le CICR envoie également des délégués en renfort à Vienne où les secours affluent sans aucune coordination préalable, ce qui crée ainsi une confusion difficile à maîtriser. [15 ]

Le président du CICR conclut en outre, le 4 décembre 1956, un accord avec le secrétaire général des Nations Unies, selon lequel le CICR assume la responsabilité de distribuer en Hongrie les secours que les Nations Unies destinent à la population hongroise [16 ] . En effet, l'Assemblée générale des Nations Unies ayant condamné l'intervention soviétique en Hongrie, l'Organisation se voit interdire l'accès de la Hongrie et le CICR, en sa qualité d'institution neutre, est le seul organisme autorisé par les autorités soviétiques à agir sur sol hongrois. Le texte de l'accord est le suivant:

  1. Le Comité international de la Croix-Rouge, à la demande du Secrétaire général, accepte d'utiliser les fonds qui pourraient être mis à sa disposition par les Nations Unies dans le but exclusif d'apporter une assistance immédiate à la population de Hongrie, en particulier par la fourniture de médicaments, de denrées alimentaires et de vêtements. La responsabilité du Comité dans ce domaine commencera dès la réception des premiers fonds et prendra fin après la distribution des secours à la population hongroise ou, en cas d'interruption du programme de secours, avec la restitution aux Nations Unies de la partie non utilisée de ces fonds ou des marchandises acquises au moyen de ces fonds.  

     

  2. Le Comité assumera la responsabilité de la distribution de tous les secours qui seront mis à sa disposition par les Nations Unies. Le Comité pourra désigner aux Nations Unies la nature des secours les mieux appropriés à l'exécution du programme.  

     

  3. Le Comité procédera à la distribution des secours selon les principes de la Croix-Rouge et dans l'esprit des Conventions de Genève, c'est-à-dire sans discrimination et en tenant compte uniquement des besoins.  

     

  4. Tout en s'efforçant d'exécuter le programme aussi rapidement que possible, le Comité restera seul juge de la cadence des distributions des secours. Au cas où des difficultés ou des obstacles surgiraient au cours de l'exécution du programme, le Comité, tout en se réservant d'en référer au besoin aux Nations Unies, sera seul responsable des mesures à prendre.  

     

  5. Le Comité fournira tous les cadres et le personnel technique et administratif nécessaires à l'exécution du programme de secours ainsi que les services et le matériel indispensables.  

     

  6. Les Nations Unies rembourseront au Comité les frais administratifs et d'exécution encourus du fait de l'exécution du programme de secours des Nations Unies, dans des conditions à fixer d'un commun accord entre les Nations Unies et le Comité.  

     

  7. Le Comité sera le seul agent d'exécution du programme de secours entrepris pour le compte des Nations Unies à l'aide des contributions mises à la disposition de cette Organisation en vertu de la résolution 399 adoptée par l'Assemblée générale à sa seconde session extraordinaire d'urgence le 9 novembre 1956. Cette disposition ne limite en rien le droit, pour toute autre institution spécialisée des Nations Unies, d'exécuter, d'accord avec les autorités hongroises, des programmes d'assistance rentrant dans le cadre de ses attributions.  

     

  8. Les Nations Unies reconnaissent que le Comité est une organisation indépendante et autonome qui se charge d'assurer les services prévus par le présent accord. L'exécution de ces services ne mettra en aucune manière le Comité dans une situation subordonnée à l'égard des Nations Unies et le Comité ne sera pas tenu d'entreprendre d'autres tâches que celles définies dans le présent accord.  

     

  9. Le Comité fournira chaque mois au Secrétaire général des rapports sur l'exécution du programme et des rapports comptables sur les frais encourus dans l'accomplissement des tâches assumées par lui aux termes du présent accord.  

     

  10. Les Nations Unies et le Comité agiront en étroite collaboration en ce qui concerne l'établissement et l'exécution du programme. En particulier, le Comité prêtera tout son concours à tout représentant que le Secrétaire général des Nations Unies pourrait envoyer en Hongrie en connexion avec le programme de secours.  

     

  11. Aucune disposition du présent accord ne devra entraver l'une quelconque des autres activités que le Comité exerce déjà ou qu'il pourrait entreprendre en Hongrie dans le cadre de sa mission traditionelle.  

     

  12. Le présent accord peut être dénoncé par l'une ou l'autre partie moyennant préavis d'une semaine, si possible après consultation préalable. La dénonciation du présent accord ne modifiera pas les responsabilités de l'une et l'autre partie en ce qui concerne l'achèvement des opérations de distribution en cours à la date de dénonciation.
 

  Ces deux accords permettront au CICR de développer, jusqu'en octobre 1957, date à laquelle il fermera sa délégation en Hongrie, une vaste action de secours en faveur de la population hongroise. C'est ainsi que, dans son Rapport d'activité de 1957, le CICR évalue la totalité des biens acheminés en Hongrie dans le cadre de cette action à une valeur de plus de 80 millions de francs suisses ; il s'est agi essentiellement de produits alimentaires, de vêtements, de médicaments et d'équipements pour les hôpitaux. [17 ]

     

  Démarches en faveur des insurgés détenus ou déportés  

Lors de leur réunion à Vienne avec les nouveaux dirigeants de la Croix-Rouge hongroise, les délégués du CICR interrogent leurs interlocuteurs sur le sort des insurgés emprisonnés ou déportés. Ceux-ci leur répondent que les arrestations ont été effectuées par les Soviétiques et que les autorités hongroises ne disposent pratiquement pas d'informations à ce sujet. Le CICR estime alors qu'une intervention directe auprès des autorités soviétiques n'a guère de chance d'aboutir et risque même de compromettre l'action de secours ; il donne donc pour instruction à son délégué à Budapest, René Bovey, d'intervenir auprès des autorités hongroises au moment qu'il jugera opportun. Mais, lors d'une mission à Budapest en janvier 1957, le directeur exécutif du CICR, Roger Gallopin, constate que toutes les démarches effectuées par René Bovey se sont «heurtées à un mur», et les dirigeants de la Croix-Rouge hongroise le « supplient » de ne rien faire sur la question des détenus, sous peine de compromettre toute l'action en cours. [18 ]

     

  L'action en faveur des réfugiés en Autriche  

Suite à l'intervention des troupes soviétiques en Hongrie, l'exode des réfugiés prend rapidement de telles proportions qu'une modification de l'accord Ligue CICR du 2 novembre 1956 s'impose. En effet, selon cet accord, la Croix-Rouge autrichienne est, en principe, responsable de l'accueil des réfugiés ; mais elle ne tarde pas à être débordée, raison pour laquelle la Ligue et le CICR concluent, le 27 novembre, un nouvel accord prévoyant que le CICR assurera désormais non seulement le transport et la distribution des secours en Hongrie, mais également la gestion, à Vienne, des secours destinés à la Hongrie. En outre, une partie des secours arrivant à Vienne sera désormais consacrée aux réfugiés hongrois et la Ligue continuera de diriger, en liaison avec la Croix-Rouge et les autorités autrichiennes, toute l'action de secours en leur faveur. [19 ]

Cependant, l'exode de quelque 200 000 Hongrois a dispersé, dans différents pays d'accueil, de nombreuses familles dont les membres n'ont le plus souvent aucun moyen de se retrouver. Pour les aider à reprendre contact et, le cas échéant, à se réunir, le CICR entreprend de les identifier et de leur donner la possibilité d'échanger des messages. C'est dans ce but qu'à partir du 13 novembre 1956, il fait diffuser sur les ondes courtes suisses et sur la longueur d'ondes qui lui appartient en propre, les noms des réfugiés désireux de recevoir des nouvelles de leurs proches.

Parallèlement, il établit un fichier des réfugiés hongrois qui lui permettra, dès le début de l'année 1957, de répondre aux nombreuses demandes de recherches que lui adressent les familles.

Évidemment, le problème des regroupements de familles ne concerne pas uniquement les Hongrois dispersés entre différents pays d'accueil ; il se pose avec encore plus d'acuité pour ceux dont une partie de la famille est restée en Hongrie. C'est notamment le cas pour de nombreux enfants qui ont franchi seuls les frontières yougoslave ou autrichienne, et aussi pour des parents qui sont partis en laissant leurs enfants derrière eux. Le gouvernement hongrois demande donc au CICR un plan qui permettrait de réunir ces familles ; en avril 1957, le CICR lui soumet un projet d'accord, aux termes duquel le regroupement devrait s'accomplir au lieu de séjour ou de résidence que désignerait le chef de famille et devrait avoir un caractère individuel et volontaire ; le concours du CICR s erait destiné à faciliter aussi bien les rapatriements en Hongrie que les sorties de ce pays ; les visas de sortie en faveur des personnes à réunir avec leurs proches parents devraient être accordés par les autorités intéressées, suivant une procédure accélérée et distincte de celle appliquée généralement en matière d'émigration ; enfin, l'ensemble des opérations devraient être placées sous la surveillance et le contrôle du CICR.

Mais cette solution est inacceptable pour le gouvernement hongrois qui n'admet pas que ses propres ressortissants quittent le pays pour aller rejoindre les membres de leur famille réfugiés à l'Ouest. La controverse est portée en novembre 1957, à New Delhi, devant la XIXe Conférence internationale de la Croix-Rouge. Cette dernière endosse la position du CICR en adoptant une résolution demandant que toutes les Sociétés nationales et tous les gouvernements « facilitent par tous les moyens la réunion de personnes déplacées, tant adultes qu'enfants, avec leurs familles en se conformant aux désirs exprimés par la personne ayant qualité de chef de famille, quelque soit son domicile. » (Résolution XX). Mais le gouvernement hongrois continue à mettre des obstacles à l'émigration de ses ressortissants et le CICR traite sur une base individuelle les cas dont il est saisi [20 ]

  CONCLUSION  

L'action de secours du CICR en faveur de la population hongroise a pu se développer en dépit de certains obstacles grâce, d'une part, à la rapidité de réaction du CICR qui envoya des délégués sur place et, d'autre part, aux premières cargaisons de secours acheminées durant les quelques jours pendant lesquels la frontière était ouverte. Les délégués restèrent en Hongrie pendant l'intervention soviétique et ils obtinrent l'autorisation de passage pour les convois d'aide humani taire. Ainsi, dans une ville partiellement détruite et durant un hiver particulièrement rigoureux, les envois de toute nature vêtements, médicaments, nourriture, appareils médicaux, matériel de construction, verre à vitres, charbon etc. permirent la réalisation d'un programme d'assistance de grande envergure qui prit fin au début du mois d'octobre 1957, la situation prévalant dans le pays ne nécessitant désormais plus une action d'urgence.

En ce qui concerne les personnes arrêtées, un délégué du CICR parvint à visiter des détenus aux mains des insurgés dans la région de Györ. En revanche, les délégués du CICR à Budapest n'obtinrent jamais l'autorisation de visiter les insurgés incarcérés ou déportés.

Le CICR ne parvint pas non plus à développer une action en faveur des familles dispersées, dans la mesure où le gouvernement hongrois refusa que ses ressortissants puissent rejoindre leurs familles réfugiées à l'Ouest. [21 ]

  Bibliographie  

François Bugnion, Le Comité international de la Croix-Rouge et la protection des victimes de la guerre, Genève, CICR, 1994, 1438 pages.

François Fejtö, Histoire des démocraties populaires, vol. 2: Après Staline, Paris, Seuil, 1969, 378 pages.

André Fontaine, Histoire de la guerre froide, vol. 2: De la guerre de Corée à la crise des alliances, Paris, Fayard, 1967, 564 pages.

Hans Haug, avec la collaboration de Hans-Peter Gasser, Françoise Perret et Jean-Pierre Robert-Tissot, Menschlichkeit für alle, Die Weltbewegung des Roten Kreuzes und des Roten Halbmonds, Bern und Stuttgart, Ve rlag Paul Haupt, et Genève, Institut Henry-Dunant, 1991, 696 pages (Traduction française : Humanité pour tous, Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge , mêmes éditeurs, 1993, 690 pages).

Miklos Molnar, Victoire d'une défaite, Budapest 1956, Paris, Fayard, 1968, 363 pages.

  Notes  

1. Procès-verbal de la séance plénière du 01.11.1956 de l'Assemblée du CICR Archives du CICR. RICR, n° 456, décembre 1956, p. 712.

   

2. Rapport du CICR sur son action de secours en Hongrie, Genève, CICR, 1957, p.5.

   

3. Rapport du 15.11.1956 de Herbert Beckh Archives du CICR dossier 200 (65)

   

4. Procès-verbal de la séance plénière du 01.11.1956 de l'Assemblée du CICR  Archives du CICR.

   

5. Rapport du CICR sur son action de secours en Hongrie, p. 7. Note interne du 19.09.1956 de Jean-Pierre Maunoir Archives du CICR dossier 200 (65).

6. RICR, n° 456, décembre 1956, pp. 713-714. Rapport du 15.11.1956 de Herbert Beck Archives du CICR dossier 200 (65).

   

7. Rapport d'activité du CICR, 1956, p. 14. Procès-verbal de la séance du 04.11.1956 du Conseil de Présidence du CICR Archives du CICR.

   

8. Rapport du CICR sur son action de secours en Hongrie, Genève, 1957, p. 8. Télégramme du 07.11.1956 de la délégation du CICR à Vienne Archives du CICR dossier 200 (65). Rapport de mission du 12.12.1956 de Jean de Preux Archives du CICR dossier 225 (65). Entretien du 25.08.1988 de Jean de Preux avec Françoise Perret.

   

9.   Rapport d'activité du CICR, 1956, p. 14.

   

10. Rapport du CICR sur son action de secours en Hongrie, op. cit. (voir note 8), p. 8.

   

11. RICR, n° 455, novembre 1956, pp. 656-657.

   

12. Rapport du CICR sur son action de secours en Hongrie, p. 9.

   

13. Rapport d'activité du CICR , 1956, pp. 15-17. RICR, n o 459, mars 1957, pp. 148-155 ; n o 460, avril 1957, pp. 200-206 ; No 461, mai 1957, pp. 267-271 ; n o 467, novembre 1957, pp. 603-619.

   

14. Accord conclu le 16.11.1956 entre le CICR et la Croix-Rouge hongroise Archives du CICR dossier 200 (65). Zoltan Csillag, Data about the activity of the International Committee of the Red Cross and the Hungarian Red Cross in 1956-1957, Croix-Rouge hongroise, 1992.

   

15. Procès-verbal de la séance du 22.11.1956 du Conseil de Présidence du CICR Archives du CICR.

   

16.   RICR, n° 456, décembre 1956, pp. 728-730.

   

17. Rapport d'activité du CICR, 1957, p. 23. RICR , n° 456, décembre 1956, pp. 728-730.

   

18. Procès-verbaux des séances du 22.11.1956, du 29.11.1956 et du 17.01.1957 du Conseil de Présidence du CICR Archives du CICR.

   

19. Rapport du CICR sur son action de secours en Hongrie, op. cit. (voir note 8), p. 9. Procès-verbal de la séance du 22.11.1956 du Conseil de Présidence du CICR Archives du CICR. RICR, n° 456, décembre 1956, pp. 716-719.

   

20. Procès-verbal de la séance du 18.04.1957 du Conseil de Présidence du CICR Archives du CICR. Entretien du 02.05.1989 de Nicolas Vecsey, ancien chef-adjoint de l'Agence centrale de Recherches du CICR, avec Françoise Perret. François Bugnion, Le Comité international de la Croix-Rouge et la protection des victimes de la guerre, Genève, 1994, pp. 903-908.

   

21. Procès-verbaux des séances du 17.01.1957 et 18.07.1957 du Conseil de Présidence du CICR Archives du CICR. Procès-verbal de la séance plénière du 03.12.1957 de l'Assemblée du CICR Archives du CICR.

  Françoise Perret,   licenciée en droit, est entrée au service du CICR en 1970. Elle a effectué plusieurs missions pour le Département des Opérations et pour la diffusion du droit international humanitaire. Depuis 1991, elle est chargée de recherches historiques ; en cette qualité, elle prépare notamment la rédaction de l'histoire du CICR pour la période 1956-1965.  

  L'Action du CICR pendant le conflit de Suez en 1956  

     

  LA GUERRE DU CANAL  

Alors que la situation entre Israël et ses voisins arabes est très tendue, les troupes britanniques stationnées dans la zone du canal de Suez quittent l'Égypte, le 18 juin 1956, conformément à l'accord conclu, en octobre 1954, entre ce pays et le Royaume-Uni.

Un mois plus tard, soit le 19 juillet 1956, les États-Unis annoncent à l'Égypte que, contrairement à ce qui était prévu, ils ne lui accordent pas le prêt de plus de 50 millions de dollars pour la construction du grand barrage d'Assouan ; le lendemain, le Royaume-Uni et la Banque mondiale renoncent également à accorder un prêt à l'Égypte.

Le 26 juillet, le colonel Nasser, chef de l'État égyptien, nationalise le canal de Suez et prend la tête du mouvement nationaliste arabe.

Pourtant, à la fin du mois d'octobre 1956, ce sont les événements de Hongrie qui retiennent l'attention générale.
 

Mais la situation change brusquement le 29 octobre : en accord avec le Royaume-Uni et la France, Israël attaque l'Égypte, ses troupes pénètrent dans la bande de Gaza et dans le Sinaï, alors que les gouvernements de Londres et Paris, dans un ultimatum daté du 30 octobre, menacent d'occuper la zone du canal de Suez.

Cependant, l'armée israélienne continue son avance, poursuit les troupes égyptiennes dans le Sinaï, les aviations française et britannique bombardent les aéroports égyptiens.

Le 5 novembre, les Israéliens occupent la bande de Gaza et le Sinaï jusqu'à Charm el-Sheikh. De leur côté, les troupes françaises et britanniques débarquent à Port Fouad et à Port-Saïd, puis progressent le long du canal.
 

En lançant cette guerre contre l'Égypte, Israël espérait mettre fin aux attaques de groupements palestiniens, dont les principales bases opérationnelles se situaient dans la bande de Gaza et dans le Sinaï. Pour l es Français, il s'agissait avant tout de priver l'insurrection algérienne du soutien de l'Égypte, alors que le Royaume-Uni entendait freiner la montée du nationalisme arabe et reprendre le contrôle du canal.

Mais, le 2 novembre, l'Assemblée générale des Nations Unies adopte une résolution demandant le cessez-le-feu immédiat et, le 5 novembre, elle vote la création d'une force d'urgence chargée d'assurer et de superviser la cessation des hostilités. Le 7 novembre, sous la pression des États-Unis et de l'Union soviétique, les belligérants acceptent le cessez-le-feu ; celui-ci prévoit que les troupes franco-britanniques seront remplacées par la force d'urgence des Nations Unies ; cette relève s'achève le 24 décembre 1956, Israël garde ses positions dans la bande de Gaza et sur le golfe d'Akaba jusqu'en mars 1957, date à laquelle ses troupes se retirent et sont remplacées par un contingent de l'ONU.

Durant les combats, les Israéliens ont capturé plus de 5 000 prisonniers de guerre égyptiens, alors que l'Égypte, qui détient quatre militaires israéliens, expulse des milliers de juifs, ainsi que des étrangers notamment des ressortissants du Royaume-Uni vivant sur son territoire. Enfin, la population civile des territoires occupés par Israël subit également les conséquences de la guerre.

  L'ACTION DU CICR  

     

  Les délégués du CICR au Proche-Orient  

En raison des troubles permanents survenant au Proche-Orient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le CICR dispose au Caire d'un délégué honoraire, Edmond Müller.

En octobre 1956, devant la montée de la tension dans toute la région, le CICR décide d'installer à Beyrouth une délégation régionale permanente qui couvre notamment Israël. Il charge David de Traz de la diriger. Dès l'ouverture des hostilités, ce dernier se rend en Israël. [1 ]

     

  Appel aux belligérants  

Au moment de l'éclatement du conflit, l'Égypte, la France et Israël sont liés par les Conventions de Genève de 1949 ; mais le Royaume-Uni ne les a pas encore ratifiées, ce qui les rend inapplicables dans les relations égypto-britanniques. Pour parer à cela, le CICR adresse, au gouvernement britannique, le 31 octobre 1956, un télégramme lui demandant de ratifier les Conventions par une procédure accélérée. Il fonde cette démarche sur l'article 2, alinéa 3, commun aux quatre Conventions qui stipule que : « si l'une des Puissances en conflit n'est pas partie à la présente Convention, les Puissances parties à celle-ci resteront néanmoins liées par elle dans leurs rapports réciproques. Elles seront liées en outre par la Convention envers ladite Puissance, si celle-ci en accepte et en applique les dispositions » . Le lendemain, le premier ministre, Anthony Eden, répond au CICR que son gouvernement n'est pas habilité à ratifier ces Conventions, mais que le Royaume-Uni les respectera, le cas échéant. [2 ]

Le CICR adresse, le 2 novembre, aux gouvernements des quatre pays impliqués dans les hostilités - Israël, Égypte, France et Royaume-Uni un appel leur recommandant de prendre toutes les mesures propres à assurer l'application des quatre Conventions de Genève de 1949. Pour sa part, le Comité se déclare prêt à assumer les tâches qui lui sont dévolues par ces Conventions, en particulier envoyer ses délégués visiter les prisonniers de guerre et les civils arrêtés ou inter nés et éventuellement leur faire parvenir des secours. Il rappelle également aux États concernés l'existence, à Genève, de l'Agence centrale des prisonniers de guerre, qui réunit les renseignements nominatifs sur les militaires capturés et les civils arrêtés ou internés, qui transmet ces informations officielles aux gouvernements des pays belligérants, ainsi que la correspondance entre les prisonniers et leurs familles ; il demande donc aux gouvernements de lui communiquer tous les éléments relatifs aux militaires capturés par leurs forces et aux civils ennemis arrêtés ou internés. [3 ]

Dans les deux jours qui suivent, la France et Israël font part au CICR de leur volonté d'appliquer les Conventions de Genève de 1949 ; le CICR envoie deux représentants à Londres, le professeur Paul Carry et Melchior Borsinger, afin d'assurer la liaison avec les autorités et la Croix-Rouge britanniques. Le délégué permanent du CICR en France, William Michel, est chargé d'une mission analogue auprès de la Croix-Rouge et du gouvernement français.

Enfin, le CICR lance sur les ondes égyptiennes un message radiophonique en plusieurs langues dans lequel il résume, à l'intention de tous les combattants, les principes essentiels des Conventions de Genève pour la protection des victimes de la guerre :

  APPEL À TOUS CEUX QUI COMBATTENT EN ÉGYPTE  

     

Le Comité international de la Croix-Rouge, à Genève, rappelle que les quatre Conventions de Genève de 1949 pour la protection des victimes de la guerre sont applicables dans le conflit armé qui se déroule en Égypte. Ces Conventions imposent à tous les combattants des devoirs qui sont ici brièvement résumés :

     

  1. Les blessés et malades, militaires et civils, amis comme ennemis, doivent être recueillis, protégés et recevoir au plus vite les soins que requiert leur état.  

     

  2. Ne doivent jamais être attaqués, mais doivent être en toutes circonstances protégés : les établissements sanitaires fixes et mobiles, notamment les hôpitaux, les ambulances, etc. ; les véhicules employés pour transporter des blessés et malades, notamment les ambulances-automobiles, les trains-hôpitaux, les navires-hôpitaux, les avions sanitaires, etc ; le personnel et le matériel des formations sanitaires du Service de Santé de l'armée et de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge affectés aux soins des blessés et malades.  

     

  3. Pour permettre à l'ennemi de reconnaître leur qualité, ces établissements, véhicules et personnel sont autorisés à arborer l'emblème de la croix rouge ou du croissant rouge sur fond blanc, qui devra toujours être respecté et ne jamais être employé pour un autre but.  

     

  4. Tout militaire ennemi qui se rend ou qui est capturé de toute autre manière doit être traité comme prisonnier de guerre. Il ne peut donc pas être tué ou blessé. Il doit être traité, en ce qui concerne la nourriture, le logement, l'habillement, etc., comme le personnel de l'armée détentrice. Il sera évacué à l'arrière le plus rapidement possible pour être remis aux Autorités responsables.  

     

  5. Les non-combattants, en particulier les femmes et les enfants, ne doivent jamais être attaqués, mais doivent toujours être respectés et traités humainement.  

     

  6. La torture, les traitements cruels ou dégradants, la prise d'otages sont et demeurent interdits en tout temps et en tout lieu, à l'égard de quiconque.  

     

  Le Comité international de la Croix-Rouge fait appel à tous ceux qui combattent en Égypte ou y exercent une autorité pour que les principes rappelés ci-dessus soient respectés . [4 ]

     

  Prise de contact avec les autorités israéliennes et égyptiennes  

Dès son arrivée en Israël, dans les premiers jours du conflit, David de Traz reçoit des autorités israéliennes confirmation de leur volonté d'appliquer les Conventions de Genève ; elles acceptent notamment que le CICR envoie à Tel Aviv un délégué-médecin pour y visiter les blessés égyptiens regroupés dans cette ville. Le CICR en charge le docteur Gailland qui arrive sur place le 8 novembre.

De Traz rejoint ensuite Edmond Müller au Caire où les demandes des familles des soldats capturés affluent ; ils organisent un service d'agence de recherches avec des collaborateurs recrutés localement, alors qu'à Genève, l'Agence centrale des prisonniers de guerre collationne les listes de prisonniers et transmet les messages familiaux.

De Traz obtient également des autorités égyptiennes l'assurance que des délégués du CICR auront accès aux Israéliens qu'elles détiennent. [5 ]

  Envoi de secours en Égypte  

Le 7 novembre, le Croissant-Rouge égyptien informe le CICR qu'il accepte l'offre d'assistance que ce dernier lui a faite le 2 novembre et il lui demande d'urgence des quantités considérables de médicaments et de matériel sanitaire. Le CICR lance alors un appel à une cinquantaine de Sociétés nationales ; une trentaine d'entre elles versent immédiatement des contributions au fonds de secours ouvert par le CICR et, le 11 novembre, un premier avion transportant une cargaison de quatre tonnes - essentiellement du matériel médical - quitte Genève pour le Caire.

C'est un délégué-médecin, le docteur Grosclaude, qui en est le convoyeur ; arrivé au Caire, il décide de faire parvenir une partie des médicaments à Port-Saïd qui est encore complètement coupé du reste de l'Égypte. Avec l'aide du Croissant-Rouge égyptien, il obtient des autorités égyptiennes qu'un train spécial soit organisé à destination de Port-Saïd sous la protection du CICR, mais la ville, où les attentats se multiplient, est occupée par les troupes franco-britanniques qui ne laissent pratiquement personne entrer ni sortir. Pourtant un délégué du CICR, Maurice Thudichum, parvient à gagner Port-Saïd dans un avion militaire français le 12 novembre ; il obtient sur place des officiers anglais et français l'assurance qu'ils laisseront passer le convoi du CICR, lequel arrive effectivement à destination le 16 novembre.

Lors de sa mission à Port-Saïd et à Port Fouad, Thudichum visite les prisonniers de guerre égyptiens en mains françaises ou britanniques ; il organise des distributions de secours à la population civile et met sur pied un service de transmission de messages familiaux. [6 ]

Un deuxièm e avion, mis à la disposition du CICR par la Croix-Rouge danoise, achemine au Caire, le 20 novembre, trois tonnes de médicaments et de matériel de pansement destinés à la population de Port-Saïd.

     

  Visites des prisonniers de guerre en Israël et des civils dans les territoires occupés  

     

En Israël, le docteur Gailland visite régulièrement les camps de prisonniers de guerre et les hôpitaux où sont regroupés plus de 5 000 prisonniers égyptiens. Au cours de ces visites, il s'entretient librement sans témoin avec les prisonniers, conformément à la pratique habituelle du CICR, et il obtient la libération de plusieurs centaines de civils indûment capturés. Il se rend également à plusieurs reprises dans la bande de Gaza et dans le Sinaï, afin de s'assurer que les populations civiles sont traitées conformément aux dispositions de la IV e Convention de Genève de 1949. À Gaza, il visite notamment à plusieurs reprises les ressortissants égyptiens internés dans un quartier de la ville, qui attendent d'être rapatriés. À El Arish et à Rafah, il organise des distributions de secours aux personnes nécessiteuses. [7 ]

     

  Rapatriement de grands blessés égyptiens  

Le 18 novembre 1956, le docteur Gailland informe le CICR que les autorités israéliennes envisagent de rapatrier un premier groupe de grands blessés égyptiens. Les délégués du CICR négocient au Caire et à Tel Aviv les modalités du rapatriement et, le 5 décembre, deux avions sanitaires mis à disposition du CICR par les autorités italiennes ramènent au Caire 26 na tionaux grands blessés. Quelques jours plus tard, les deux appareils retournent en Israël pour y apporter des secours individuels et collectifs destinés aux prisonniers de guerre égyptiens ; à leur retour au Caire, ils ramènent un second groupe de 22 grands blessés.

Les voyages de ces avions sanitaires entre Israël et l'Égypte ont été la première liaison aérienne directe entre les deux pays depuis la guerre de Palestine, en 1948. [8 ]

     

  Développement de l'action en Égypte  

Dès la fin du mois de novembre 1956, les délégués du CICR en Égypte parviennent à organiser des convois de secours réguliers à destination de Port-Saïd ; ces derniers servent également à évacuer des blessés et malades égyptiens dont l'état exige des soins spéciaux dans les hôpitaux du Caire. [9 ]

En ce qui concerne les prisonniers de guerre israéliens détenus par les Égyptiens, le CICR se heurte à de grandes difficultés pour obtenir des informations à leur sujet. Finalement il en obtient les noms, le 14 décembre ; il s'agit d'un officier et de trois soldats ; dans un premier temps, un délégué du CICR est autorisé à visiter l'officier, détenu séparément, mais pas les soldats. Par la suite, le délégué visite les quatre prisonniers qui sont libérés le 26 janvier 1957.

À Port-Saïd, les délégués du CICR visitent les prisonniers de guerre égyptiens détenus par les autorités britanniques et françaises, et négocient leur libération. Le 21 décembre, un groupe de prisonniers de guerre égyptiens détenus par le Royaume-Uni à Port-Saïd est libéré, alors que, de leur côté, les autorités égyptiennes libèrent des Britanniques qu'elles détenaient au Caire. Quant aux militaires français, ils déclarent à de Traz qu'ils emmèneront avec eux les prisonnier s de guerre égyptiens qu'ils détiennent pour éviter des incidents que pourrait provoquer leur libération sur place. La délégation du CICR à Paris est chargée d'intervenir en leur faveur, mais les archives du CICR ne contiennent aucune trace d'une telle démarche, ni d'une demande du gouvernement égyptien à leur sujet ; il est donc probable que ces captifs ont été rapidement libérés. [10 ]

     

  Rapatriement de tous les prisonniers de guerre  

Durant le mois de janvier 1957, le CICR prépare avec les autorités israéliennes et égyptiennes le rapatriement de l'ensemble des prisonniers de guerre. Le 21 janvier, un premier groupe de 500 prisonniers de guerre égyptiens est remis aux officiers de la Force d'urgence des Nations Unies (FUNU), entre Rafah et El Arish, en présence du docteur Gailland et de Maurice Thudichum.

Dès lors, les actions de rapatriement de prisonniers de guerre égyptiens se suivent à intervalles réguliers ; elles s'achèvent le 5 février, les autorités égyptiennes ayant de leur côté libéré les Israéliens qu'elles détenaient [11 ] .
 

Le docteur Gailland quitte alors Israël. Le CICR garde toutefois un correspondant sur place, le docteur Bernath, qui avait déjà travaillé pour lui lors du conflit israélo-arabe de 1948-1949.

     

  Secours en faveur de la population de Port-Saïd  

En février 1957, un délégué du CICR, deux dirigeants du Croissant-Rouge égyptien et un délégué de la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge (aujourd'hui Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge) se rendent dans la région de Port-Saï d, afin d'y organiser une action de secours en faveur des quelque 15 000 civils dont les maisons ont été détruites lors de l'attaque franco-britannique et qui vivent dans des camps organisés par les autorités égyptiennes. [12 ]

     

  Secours en faveur des juifs résidant en Égypte  

Au moment de l'éclatement du conflit de Suez, le gouvernement égyptien accuse les quelque 55 000 juifs résidant en Égypte de collusion avec Israël et les menace tous d'expulsion immédiate. Toutefois, sans ordonner cette mesure extrême, les autorités entament un certain nombre de démarches destinées à provoquer leur départ (nationalisation des entreprises appartenant à des juifs, séquestration de leurs biens, licenciements, arrestations, etc.). Ces mesures frappent aussi bien les juifs étrangers que les israélites apatrides ou égyptiens. Le CICR arrive à la conclusion qu'il ne lui appartient pas de se préoccuper du sort des étrangers, dont les intérêts doivent être défendus par leurs propres gouvernements, mais que, en revanche, les apatrides et, par analogie, les juifs égyptiens entrent dans la catégorie des personnes auxquelles il lui appartient d'apporter protection et assistance.
 

Le CICR adresse donc, le 27 novembre 1956, un télégramme au gouvernement égyptien pour lui demander de surseoir à toute mesure d'expulsion immédiate et pour proposer qu'un délai suffisant soit accordé, afin d'assurer le respect des dispositions de la IVe Convention de Genève. [13 ]

Dès lors, les délégués du CICR en Égypte s'occupent activement des juifs apatrides ou déchus de la nationalité égyptienne qui souhaitent émigrer, et le CICR met au point un programme de transport par bateau d'Alexandrie vers la Grèce et l'Italie. C'est ainsi que, du 2 janvier au 14 se ptembre 1957, la délégation affrète 14 navires qui transportent 7 190 apatrides à destination de Naples ou du Pirée. À leur arrivée, ils reçoivent l'assistance des Croix-Rouges italienne et grecque, ainsi que celle des branches locales des associations israélites internationales qui se chargent de leur trouver un pays d'accueil définitif (lequel sera, le plus souvent, l'État d'Israël).

À partir de la fin de l'année 1957, le gouvernement égyptien renverse sa politique envers les juifs résidant sur son territoire : il freine désormais leur départ, afin qu'ils n'aillent pas renforcer le potentiel démographique d'Israël. Il n'y a donc plus de départs collectifs, mais les émigrants désirant quitter l'Égypte individuellement continuent de recourir aux services de la délégation du CICR. Celle-ci les conseille et les appuie dans les nombreuses démarches administratives qu'ils doivent entreprendre ; cependant, le nombre des départs diminue considérablement et la délégation est réduite à un seul délégué à partir du 1er janvier 1961 ; mais les autorités égyptiennes ne voient plus d'utilité à une présence du CICR et, au printemps 1962, elles ordonnent à sa délégation du Caire de fermer ses bureaux, ce qui sera fait le 31 décembre de la même année. [14 ]

     

  Poursuite de l'action en Israël  

Jusqu'au début des années 60, l'activité du CICR en Israël est presque entièrement déterminée par les suites du conflit de Suez. Ainsi, le CICR continue à recevoir des demandes provenant de familles égyptiennes au sujet de personnes qui auraient disparu pendant la campagne du Sinaï ; il transmet ces demandes aux autorités israéliennes, mais celles-ci répondent systématiquement qu'elles ne détiennent plus de prisonniers de guerre.
 

Cependant Israël garde toujours en prison un certain nombre de détenus d'origine palestinienne (« fedayin ») et les délégués du CICR sont régulièrement autorisés à visiter certains d'entre eux et à leur transmettre des messages familiaux. [15 ]

  CONCLUSION  

Lors du conflit de Suez, toutes les parties impliquées, à l'exception du Royaume-Uni, sont liées par les quatre Conventions de Genève du 12 août 1949. En obtenant de Londres l'engagement de respecter malgré tout ces Conventions, le CICR parvient à faire appliquer, pour la première fois, le nouveau droit de Genève dans un conflit international. Par ailleurs, c'est sur la base des Conventions de 1949 qu'il intervient aussi bien en faveur des civils que des prisonniers de guerre.

C'est notamment en se fondant sur la quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles que le CICR parvient à développer une action de protection et d'assistance pour la population civile de la bande de Gaza et du Sinaï, occupés par Israël. C'est également sur la base de la IV e Convention que ses délégués obtiennent des autorités militaires françaises et britanniques l'autorisation de distribuer des secours à la population de Port Fouad et Port-Saïd.

Ainsi, dans ce conflit, limité dans le temps mais complexe sur le plan humanitaire en raison de la diversité des situations, le CICR est parvenu à intervenir en faveur des différentes catégories de victimes : prisonniers de guerre, internés civils, populations des territoires occupés et apatrides.

  Bibliographie  

François Bugnion, Le Comité international de la Croix-Rouge et la protection des victimes de la guerre, Genève, CICR, 1994, 1438 pages.

Erskine B. Childers, The Road to Suez, London, MacGibbon & Kee, 1962, 416 pages.

André Fontaine, Histoire de la guerre froide, vol. 2 : De la guerre de Corée à la crise des alliances, Paris, Fayard, 1967, 564 pages.

Terence Robertson, Suez ou comment la paix fut sauvée, traduit de l'anglais par Geneviève Méker, Paris, Julliard, 1964, 375 pages.

  Notes :   

     

1. Rapport d'activité du CICR, 1956, pp. 23-24.

2. Télégramme du 31.10.1956 du CICR au gouvernement britannique et télégramme du 01.11.1956 du gouvernement britannique au CICR Archives du CICR dossiers 041 et 201 (152). RICR, n° 455, novembre 1956, p. 659..

3. Offre de services du CICR du 02.11.1956 Archives du CICR dossiers 200 (43) et 201 (152).

4.   RICR, n° 455, novembre 1956, pp. 660-661.

5.   Rapports d'activité du CICR, 1956, p. 24, et 1957, p. 30.

6. RICR, n° 456, décembre 1956, pp. 731-734. Rapports des 14 et 17.12.1956 de Maurice Thudichum Archives du CICR dossier 200 (43). Procès-verbal de la séance du Conseil de Présidence du CICR du 09.04.1957 Archives du CICR.

7. Rapport d'activité du CICR, 1957, p. 31.

8. Rapport d'activité du CICR, 1956, p. 30.

9. Rapport du 07.12.1956 de David de Traz Archives du CICR dossier 200 (43).

10. Rapports d'activité du CICR, 1956, pp. 26-29 ; 1958, p. 18, et 1959, p. 15. RICR, N° 457, janvier 1957, pp. 25-27. Rapport de E. Müller du 18.12.1956 au Conseil de Présidence Archives du CICR dossier 200 (43).

11. RICR, n os 458, février 1957, p. 93, et 459, mars 1957, pp. 161-164. Note du 21.12.1956 de Pierre Gaillard à David de Traz Archives du CICR dossier 200 (43).

12. RICR, n° 459, mars 1957, p. 165.

13. Télégramme du 27.11.1956 du CICR au gouvernement égyptien Archives du CICR dossier 233 (43).

14. Rapports d'activité du CICR, 1956, p. 29 ; 1957, pp. 32-34 ; 1958, p. 18 ; 1959, p.15 ; 1960, p. 20 ; 1961, pp. 22-23. François Bugnion, Le Comité international de la Croix-Rouge et la protection des victimes de la guerre, Genève, CICR, 1994, pp. 1042-1043. Note du 08.12.1961 de Edmond Müller à Roger Gallopin, Directeur exécutif du CICR Archives du CICR dossier 252 (43).

15. Rapports d'activité du CICR, 1958, pp. 17-18 ; 1959, p. 16 ; 1960, pp. 20-21 ; 1961, p. 23 ; 1962, pp. 30-31.