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Dans l’attente de jours meilleurs après la guerre et la sécheresse

31-07-2003

Abrhet Woldegergis, mère de trois enfants, vit dans la zone tampon démilitarisée entre l'Érythrée et l'Éthiopie. La guerre est maintenant terminée mais elle a éprouvé cette jeune Érythréenne qui, enceinte de son troisième enfant,a dû fuir son village lorsque les combats se rapprochaient dangereusement. Aujourd'hui, c'est la sécheresse qui empêche Abrhet et les gens de son village de reconstruire leur vie.

     

        pdf     Dans l'attente de jours meilleurs      (102 Ko)    
    
   


Abrhet et sa mère expriment leur fierté en refusant de se plaindre à propos de leur vie actuelle. 

 

Il fait très chaud et l'atmosphère est poussiéreuse à Geza Hamle, village situé à une centaine de kilomètres au sud d'Asmara,la capitale de la plus jeune nation d'Afrique, l'Érythrée. Nous sommes fin juin. Les premières pluies, bien que timides, ont ramolli le sol sablonneux et les agriculteurs du village sont tous occupés avec leurs bœufs à labourer de petits lopins de terre. Abrhet Woldegergis,25 ans, mère de trois enfants, prépare le déjeuner de ses enfants qui sont aux champs.
 

Abrhet est timide et préfère sourire plutôt que parler. Lorsqu'on lui demande ce qui lui est arrivé pendant la guerre entre l'Érythrée et l'Éthiopie (1998-2000),elle semble réticente à évoquer ces temps difficiles.« Notre village»Geza Hamle, se trouve très près de la frontière.

Nous avons été épargnés par les combats jusqu'en mai 2000 mais alors ils se sont tellement rapprochés que nous avons dû fuir en laissant tout derrière nous. Toute la population a fui vers le nord en direction d'Asmara. À cette époque, je devais m'occuper de mes deux aînés et j'étais enceinte du troisième. Mon mari avait été enrôlé comme soldat mais j'avais mes parents avec moi.»
 

Au bout de deux jours de marche, Abrhet et sa famille sont arrivés dans un camp pour personnes déplacées à Dubarwa, ville située à 25 kilomètres au sud de la capitale :« Des milliers de gens étaient là, venus de loin et de toutes les directions. L'endroit était terriblement surpeuplé. Lorsque nous sommes arrivés, il n'y avait pas d'eau, pas de tente. Les conditions de vie étaient effroyables. Je n'étais pas tranquille car j'arrivais à terme et je ne voulais pas accoucher dans un endroit pareil.»
 
 

  Les conditions de vie restent dures  

 
Après un mois, Abrhet a quitté le camp et a refait le chemin en sens inverse avec un premier groupe d'habitants de son village. Lorsqu'ils sont arrivés au village, les combats avaient cessé et les soldats avaient disparu. Certains trouvèrent en ruine leur hidmo, maison traditionnelle faite de pierres, d'argile et de bois. Abrhet a eu un peu plus de chance :«J'ai perdu mes trois vaches, mais la maison était intacte et mes affaires étaient à l'intérieur.»
 

Après la guerre, le village d'Abrhet s'est trouvé dans la zone dite de sécurité temporaire, zone tampon démilitarisée de 25 kilomètres de large sur sol érythréen, où patrouillent les troupes de l'ONU chargées du maintien de la paix. Trois ans après l'accord de paix, les conditions de vie dans cette région sont encore très dures. De vastes zones sont toujours truffées de mines et d'autres explosifs laissés par la guerre, qui mettent en danger la vie des cultivateurs et des bergers. La frontière n'est pas encore clairement délimitée et beaucoup d'habitants ne se sentent pas suffisamment en sécurité pour reprendre la vie qu'ils menaient avant la guerre.
 

Au village d'Abrhet, les agriculteurs avaient perdu leur récolte du fait de leur fuite et il n'y avait plus rien à manger. Les pluies insuffisantes des trois dernières années ajoutaient à leur détresse. De l'avis des agronomes, la récolte de l'an dernier a été la plus mauvaise des dix dernières années. En outre, il n'y a plus assez d'hommes jeunes pour travailler aux champs.

« C'est ainsi que nous en sommes venus à dép endre de l'aide alimentaire que nous fournissaient alors les Nations Unies et le gouvernement », explique la mère d'Abrhet, occupée à faire griller des céréales dans une poêle. Aucune d'elles n'aime à dépendre de l'aide extérieure et toutes deux répugnent à se plaindre de leurs difficiles conditions de vie.

 
 

  Redevenir autosuffisant  

 


Dans le Sud de l'Érythrée, il n'y a plus assez d'hommes pour labourer les champs. 

Pour répondre aux besoins à court terme des villageois et pour réduire cette dépendance, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a lancé plusieurs programmes de secours après la fin de la guerre. A l'intérieur ou à proximité de la zone tampon, les systèmes d'approvisionnement en eau et les postes sanitaires endommagés ont été remis en état. Les 60 000 personnes encore déplacées à l'intérieur de leur pays et vivant dans des camps reçoivent de quoi s'abriter, des ustensiles ménagers et du kérosène pour compenser le manque de bois de chauffage.
 
Après la récolte désastreuse de 2002,le CICR a lancé un nouveau programme pour secourir environ 100 000 personnes qui, comme Abrhet, avaient dû se déplacer. Il leur a distribué des semences de céréales et des rations alimentaires et a encouragé les agriculteurs à semer et à produire pour retrouver leur autonomie.
 

« Mon oncle a déjà ensemencé nos trois hectares de terre »,dit Abrhet. «Nous avons reçu également du blé, des lentilles, de l'huile de cuisine, du sucre et du sel et, grâce à ces dons, nous avons de quoi surv ivre et travailler la terre »,ajoute sa mère.« Mais,,comme vous pouvez le voir, dit Abrhet en désignant les champs du regard, nous n'avons plus que des vieux pour labourer. Espérons seulement que nous aurons assez de pluie cette année.»



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