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La logistique : acheminer des secours en Afrique orientale

23-12-2003 Éclairage

Entre le donateur, qui répond à un appel, et le bénéficiaire, qui reçoit l’assistance, il y a tout un dédale de complications logistiques à parcourir. Reportage de Suzanne Charest sur John Wert, responsable de la logistique pour l’Afrique orientale et centrale :

 


    Depuis Nairobi, John Wert prépare le chemin pour ses convois humanitaires
 
 

Dans son bureau de Nairobi (Kenya), John Wert se tient devant une carte de l’Afrique, si grande qu’il s’agit en fait de trois cartes assemblées sous un verre de Plexiglas. Chef de la plus grande opération logistique du CICR sur le terrain, John est responsable de l’acquisition, de l’entreposage et du transport des secours, du matériel médical et des équipements destinés aux projets d’approvisionnement en eau et d’assainissement.

L’opération couvre 12 pays de l’est du continent, dont les besoins sont aussi énormes que variés. L’Éthiopie, l’Érythrée, le Burundi, le Soudan, la Somalie, le Rwanda, la République démocratique du Congo, notamment, sont synonymes de souffrance humaine.

Si bien des collaborateurs seraient intimidés par une telle tâche, John a besoin de défis pour s’épanouir dans son travail et s’emploie à résoudre minutieusement les problèmes quotidiens. Qu’il s’agisse d’organiser des convois d’assistance alimentaire massive pour l’Éthiopie, de livrer des médicaments et du matériel médical au plus grand hôpital de campagne du CICR, à Lokichokio, dans le nord du Kenya, ou d’envoyer des vivres à des dizaines de milliers de prisonniers que le CICR visite au Rwanda, John est toujours prêt.

Son voyage v ers l’Afrique a commencé en 1988, lorsqu’il a été engagé comme chef du service des achats au Bureau national de la Croix-Rouge canadienne, à Ottawa, sa ville natale.

De 1991 à 1994, il a fait sa première expérience internationale avec le Solidarity Assistance Project, un programme d’assistance financé par le gouvernement canadien. Il s’agissait d’un programme de secours en faveur de la Russie et des pays touchés par l’effondrement de l’ex-Union soviétique. John travaillait comme coordinateur des achats et de la logistique des vols humanitaires qui partaient du Canada.

  Difficile retour à un travail de bureau  

Après avoir suivi le cours de formation de base pour délégués internationaux en 1993, il a assumé un poste de logisticien au CICR, dans une Tchétchénie déchirée par la guerre. « Après ma première expérience à l’étranger, explique John, j’ai eu du mal à reprendre mon travail de bureau à Ottawa. J’étais réellement captivé par le travail international et je ne pouvais plus y renoncer. »

Il est donc parti en mission pour le CICR en République fédérale de Yougoslavie, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Ensuite, en poste au siège à Genève, il a eu l’occasion de se rendre sur le terrain pour de courtes missions.

Si la situation de sécurité le permet, sa femme et sa fille l’accompagnent. Il se souvient du jour où sa famille a dû faire ses bagages pour s’en aller quelques heures avant le début des bombardements de l’OTAN sur Belgrade.

John est arrivé au Kenya en juillet 2002 pour reprendre le poste de responsable de la logistique. Son équipe comprend plus de 200 Kenyans ainsi que dix expatriés originaires de Suisse, de Finlande, de Malaisie, de France, de Grande-Bretagne et d’Italie. « Il est stimulant de travailler avec des collègues de cultures si variées », ajoute John. « Chacun voit les problèmes sous un angle différent et apporte sa propre expérience du travail humanitaire. »

Les entrepôts de la Croix-Rouge sont remplis d’huile de cuisine, de pois cassés, de maïs, de couvertures, de bâches, de matériel de purification de l’eau, d’outils agricoles et d’autres articles de secours. Malgré son expérience éprouvée, John a dû faire face à de nouveaux défis au Kenya :

« L’infrastructure ralentit parfois les activités ; les distances sont énormes et les convois de camions passent parfois jusqu’à un mois sur le terrain.

« En outre, nous chargeons presque toujours les marchandises manuellement, car nous ne disposons que d’un seul chariot élévateur. De plus, nous travaillons avec de la nourriture en vrac et non pas avec des colis préparés à l’avance, comme dans la plupart des pays que j’ai connus. »

  Soutenir l’économie locale  

Les marchandises sont acheminées par voie terrestre, maritime ou aérienne. John souligne que le soutien à l’économie de la région est une question qui lui tient à cœur : « Nous essayons d’acheter le maximum de produits ici au Kenya et dans les pays voisins. Ainsi, nous diminuons nos coûts de transport, et de surcroît, nous venons en aide à l’économie locale. En outre, nous commençons à utiliser le train pour transporter les marchandises qui viennent du port de Mombassa, ce qui est également un moyen de soutenir l’économie du Kenya. »

L’un de ses souvenirs les plus frappants est la distribution massive de vivres qu’il a organisée, fin 2002, en faveur d’une Éthiopie frappée par la sécheresse. En quelques semaines, des convois sont partis des entrepôts du Kenya, emportant 2 000 tonnes de maïs ainsi que d’énormes quantités de pois cassés et d’huile de cuisine, à destination de la régi on d’Afar, en Éthiopie.

Début décembre, il était prévu de distribuer 50 000 tonnes de nourriture, de semences et d’articles non alimentaires (couvertures, savon, etc.). « À une période de l’année où de nombreux commerces sont fermés à cause de Noël, et à quelques jours des élections, notre équipe a réussi la prouesse d’organiser les soumissions, l’acquisition des produits, le chargement, le dédouanement et le transport », déclare John. L’équipe est parvenue à accomplir les formalités administratives et à remplir les conditions requises pour organiser l’acheminement des marchandises par route de Nairobi à Mombassa et par bateau jusqu’à Djibouti, à l’entrée de la mer Rouge.

« Chaque opération sort de l’ordinaire de façon différente », explique John. « Les défis rencontrés sont extrêmement variés : pont détruit empêchant l’accès à une région, formalités douanières compliquées, négociations avec un très grand nombre de fournisseurs… »

Bien qu’il ne soit pas en contact direct avec les bénéficiaires des programmes de la Croix-Rouge, son activité dans le domaine humanitaire le motive énormément. « Même si les résultats de mon travail sont indirects, je me sens privilégié de pouvoir contribuer à améliorer un peu le sort des victimes. »

  Suzanne Charest est agente de communications au Bureau national de la Croix-Rouge canadienne à Ottawa. Lisez son reportage sur une Canadienne en Afrique:   Délégué du CICR : une profession de rêve