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Banda Aceh : une ville en état de choc

20-01-2005 Éclairage

La ville indonésienne de Banda Aceh a été gravement touchée par le tremblement de terre et le tsunami de décembre et des quartiers entiers de la ville ont été complètement balayés. Robin Bovey, délégué du CICR, est arrivé dans la ville pour participer aux opérations de secours et vient de rédiger son rapport.

       

La ville présente un aspect relativement normal jusqu’à ce que la voiture arrive dans les quartiers qui sont les plus proches de la mer. Là, la vue et l’odeur vous saisissent d’un seul coup.

Je pensais que le trajet de l’aéroport à la ville m’avait plus ou moins préparé.

« C’est ici qu’on a enterré six mille personnes – jusqu’à présent », m’a dit ma collègue, Nina, une jeune Indonésienne qui travaille pour le CICR.

Le site était une mer de boue où des hommes manœuvraient de gros engins sous la pluie. Plusieurs gros camions étaient garés au bord de la route. Certains des hommes, masqués et maculés de boue, lançaient des sacs mortuaires qui s’empilaient à l’arrière des véhicules. Épuisés, ils semblaient endurcis au fait qu’ils étaient en train de transporter des cadavres.

Je me suis dit que le site faisait à peu près la taille d’un stade de football – insuffisamment grand de toute évidence pour six mille corps. « Oh non » s’est exclamée Nina, « ils les enterrent par couches – et il y en a six pour l’instant ».

Nina poursuit en me racontant qu’elle a de la chance d’être en vie. « J’ai perdu mo n frère, ma belle-sœur, ma grand-mère et plusieurs cousins. Mais je suis en vie et je dois donc être heureuse. » Elle est de toute évidence complètement étourdie par tout ce qui est arrivé et c’est d’ailleurs le sentiment général ici, tout le monde est encore sous le choc, même si certains ont eu plus de chance que d’autres.

Le jeune médecin, délégué du CICR sur le terrain, en est un exemple. Lui, sa femme et ses enfants étaient sur le point de se rendre à un mariage. Il attendait sa femme dehors dans la voiture, le moteur en marche. Quand les gens ont commencé à crier, avertissant d’une vague gigantesque, il a embarqué sa famille et a roulé aussi vite que possible, réussissant tout juste à se mettre en sûreté.

Quand on arrive dans la partie de la ville qui a été frappée par les vagues gigantesques, il est impossible de ne pas se sentir totalement accablé. Partout, le sol est jonché de tas de planches, qui étaient auparavant des maisons, de piliers en béton et de métal tordu. Quand on s’approche de la côte, jusqu’à environ quatre kilomètres de la mer, on voit que tout a été écrasé, comme si un énorme bulldozer était passé sur toute la zone. Il ne reste pratiquement plus rien debout, ni arbres ni constructions. C’est un spectacle terriblement saisissant que je n’ai nulle envie de revoir.

Avant la catastrophe provoquée par le tsunami, la plupart des organisations étrangères n’étaient pas autorisées à travailler dans cette région du fait du conflit qui y opposait les forces gouvernementales aux groupes rebelles. Le CICR, conformément à son mandat qui est de venir en aide aux personnes touchées par des conflits, y avait un petit bureau où travaillaient deux délégués expatriés. De ce fait, le CICR était bien placé pour réagir rapidement à la catastrophe et un premier avion est parti de Jakarta quelques heures seulement après.

À la mi-janvier, le CICR avait distribué des vivres à plus de 30 000 person nes. D’autres organisations ayant pour mandat d’intervenir lors des catastrophes naturelles sont arrivées. Parmi elles, de nombreuses Sociétés nationales de la Croix-Rouge du monde entier et, tout particulièrement, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Le CICR continue d’apporter son soutien et distribue des colis familiaux contenant des articles ménagers de première nécessité à quelque 300 000 personnes.

Le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est tout à fait conscient de la nécessité de fournir une assistance à long terme aux survivants de cette catastrophe afin de les aider à reconstruire leur vie. Le défi consiste à savoir faire preuve d’imagination dans la conception de nos programmes et à veiller à ce qu’ils contribuent véritablement à la reconstruction de vies.

Ce qui est clair, c’est que les gens auront besoin de temps pour reconstruire non seulement leur maison mais aussi leur cœur et leur esprit.