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L’homme du mois : Jakob Kellenberger

15-01-2005 Article, Bilanz

Le texte ci-dessous est le résumé d'un article de Thomas Knellwolf sur l'action entreprise par le CICR immédiatement après la catastrophe du tsunami en Asie. Cet article est paru en janvier 2005 dans le magazine suisse-allemand Bilanz et est reproduit avec la permission de ce dernier. Les opinions exprimées ne reflètent pas nécessairement la position du CICR. Trois des cinq employés de délégation cités commes personnes disparues à la fin de cet article ont été retrouvés.

  Jakob Kellenberger, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), est un homme qui, à l’instar de Kofi Annan, le secrétaire général des Nations Unies, a pour tâche principale de gérer des crises. Le séisme dans l’océan Indien et les tsunamis qui en résultèrent ont provoqué la mobilisation générale de son organisation. Journal de bord du siège de la Croix-Rouge.  

Jakob Kellenberger a l’intention de passer la semaine de Noël à nouvel an au bureau, et espère une fin d’année tranquille. C’est sans compter qu’aux antipodes, dans la capitale indonésienne Djakarta, l’Institut de météorologie et de géophysique enregistrera cette nuit un séisme océanique d’une magnitude de 6,4 sur l’échelle de Richter. D’autres sources avanceront le chiffre de 8,9. Il est 1 h 59 à Genève en ce 26 décembre quand les appareils de mesure deviennent comme fous. Quelques heures plus tard, on trouvera le CICR et son président Jakob Kellenberger en pleine « gestion de crise ». Une crise énorme, le déluge du siècle. Mais le CICR connaît son rôle, et l’opération se mettra en place selon une procédure bien rodée.

 
 

     

  Dimanche 26 décembre  

Seule une poignée de collaborateurs sont de piquet au siège du CICR en ce lendemain de Noël. Tout comme leur président, ils passent les fêtes de fin d’année à Genève ou dans les environs avec leurs familles. Certains d’entre eux sont allés à la m ontagne. Mais ils ne sont pas loin : on doit pouvoir les joindre 24 heures sur 24 par téléphone et ils doivent pouvoir arriver au bureau sur l’heure en cas d’urgence.
 
À son retour de l’église, le directeur adjoint des opérations du CICR, Walter Füllemann, entend sur World   Radio   Geneva le journal de la BBC annonçant qu’une catastrophe naturelle dans la région de l’océan Indien aurait fait « quelques centaines, voire un millier de morts ». Cet économiste diplômé de l'Université de Saint-Gall (HSG), originaire de Thurgovie et travaillant pour le CICR depuis 1989, ne comprend pas immédiatement que cela pourrait bouleverser ses projets de fin d’année avec sa famille. En effet, le CICR s’occupe en premier lieu des victimes de guerres, et non de catastrophes naturelles.
 
 
Ses collègues du CICR chargés de l’Asie l’appellent pour savoir quels secours sont immédiatement disponibles. La réponse d’Yves Etienne ne se fait pas attendre : le CICR est prêt à parer au pire.  
 
 
Yves Etienne, le chef de la Division assistance – subordonnée à la Direction des opérations – entend lui aussi la nouvelle du séisme au large de l’île indonésienne de Sumatra. Ce géologue de formation, qui a travaillé à une époque en Indonésie pour le CICR, pressent une catastrophe de grande ampleur. Il prend contact avec un confrère du Service sismologique suisse à Genève, lequel confirme ses craintes. Ses collègues du CICR chargés de l’Asie l’appellent pour savoir quels secours sont immédiatement disponibles. La réponse d’Yves Etienne ne se fait pas attendre : le CICR est prêt à parer au pire.
 
Le CICR est présent dans trois régions touchées par les tsunamis. Pour le moment, aucun contact n’a pu être étab li avec ses bureaux d’Aceh ni du Myanmar – l’ancienne Birmanie. De même avec Sri Lanka : les lignes téléphoniques son coupées. Neuf bureaux du CICR sont installés dans ce dernier pays, où les délégués contribuent, grâce à leurs activités humanitaires, au respect du cessez-le-feu. À Genève, toute l’équipe se fait un sang d’encre pour les collègues qui se trouvent sur place.
 
Ce qu’on ne sait pas encore, c’est que les 350 collaborateurs du CICR à Sri Lanka – dont 42 expatriés, c’est-à-dire des délégués originaires d’autres pays – sont déjà en pleine action. Ils apportent les premiers secours aux sinistrés, avec les employés et les volontaires de la Croix-Rouge nationale.
 
Les nouvelles qui parviennent à Genève sur l’étendue de la catastrophe ont beau être contradictoires, Yves Etienne et ses collègues décident, suite à une analyse des faits avérés, d'envoyer sans tarder un premier stock de secours vers l’Asie. C’est à Nairobi, au Kenya, que se trouve le plus grand entrepôt du CICR au monde. C’est de là que l’aide humanitaire est habituellement acheminée vers les régions d’Afrique en crise, comme le Darfour. L'entrepôt est rempli de biens de première nécessité : couvertures, médicaments... Walter Füllemann débloque un million de francs pour le transport par avion de ces biens de l’Afrique vers l’Asie.
 
Tous les collaborateurs de piquet qui ne se sont pas déjà manifestés spontanément auprès de leurs collègues sont convoqués au siège pour le lendemain. C’est tout pour aujourd’hui, on ne peut rien faire de plus, la situation est trop floue. Dans les régions sinistrées, la nuit est tombée. C’est le lendemain que la course contre la montre débutera à Genève.  


 

  Lundi 27 décembre  

À 8 h 30, quinze collab orateurs se retrouvent pour une réunion de « task-force » (équipe ad hoc ) au siège du CICR. La moitié d’entre eux s’occupera de l’Indonésie, l’autre de Sri Lanka. Dans les deux semaines qui suivront, ils ne quitteront plus leur bureau que pour aller dormir. Il n’existe ni de check-list en cas de catastrophe ni de plan d’action type en cas d’urgence ; pourtant, chacun sait ce qu’il doit faire. Les collaborateurs du siège sont en effet tous – ou presque – d’anciens délégués, qui ont l’expérience du terrain. Ils ont tous fait cinq, six, voire davantage de missions, ils connaissent les situations de crise. Ils travaillent vite, sans lourdeur bureaucratique. C’est la fameuse « culture opérationnelle », telle qu’on la connaît dans le jargon humanitaire.

Les informations sur les régions touchées sont toujours aussi contradictoires. Une seule certitude : le chiffre de 10 000 morts mentionné par les journaux sera largement dépassé. Pour le CICR, la priorité est de mieux cerner les besoins sur le terrain.

La chose se révèle relativement aisée en ce qui concerne Sri Lanka, puisque petit à petit, on parvient à rétablir le contact avec tous les bureaux de l’île. On apprend en premier lieu que l’infrastructure, qui se trouve exclusivement à l’intérieur des terres, est intacte. Dans les jours qui suivent, on aura confirmation que tous les employés CICR sur place ont survécu à la catastrophe.

En Indonésie, les choses sont plus compliquées. Certes, le contact a été rapidement rétabli avec les délégués en dehors de la province d’Aceh, et l’on sait que la majorité des 22 expatriés et des 100 collaborateurs nationaux sont sains et saufs ; on reste toutefois sans nouvelle de l’équipe de Banda Aceh, la capitale provinciale. Les collaborateurs de Djakarta n’ont pas réussi à les joindre non plus. Dans cette région minée par une guerre civile, le CICR n’a été autorisé à conserver qu’un modeste bureau. Les deux délégués qui y sont basés sont tenus d’informer les autorités indonésiennes de chacun de leur mouvement. Les images diffusées à la télévision font craindre le pire sur leur sort : Banda Aceh est en ruines.
 
Au siège, Jakob Kellenberger est continuellement informé de la situation des collaborateurs et de l’état d’avancement des opérations. Son intervention n’est pas nécessaire pour le moment.
 
Des centaines de milliers de personnes sont à la recherche de leurs proches dans les zones dévastées. Marco Kirschbaum, chef du secteur Asie pour les activités de protection et de recherches, reçoit à Genève des appels du monde entier de la part d’employés Croix-Rouge spécialisés dans le rétablissement des liens familiaux dans les situations de crise. Six d’entre eux sont envoyés à Sri Lanka. Ils s’y rendent avec de l’équipement d’urgence, qui comprend, entre autres, tout un lot de téléphones satellitaires.
 
Sur place, les spécialistes locaux n’ont pas attendu : ils ont déjà installé leurs téléphones satellitaires dans les lieux – temples ou écoles – transformés en campements de fortune.

 
Le CICR est en contact permanent avec leur Fédération internationale (...) ainsi qu’avec l’ONU. Le but de leurs discussions est d’utiliser au mieux les ressources disponibles, de couvrir toutes les régions concernées et d’éviter les activités qui font double-emploi.  
www.familylinks.icrc.org Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge du monde entier proposent leur aide. Le CICR est en contact permanent avec leur Fédération internationale, également basée à Genève, ainsi qu’avec l’ONU. Le but de leurs discussions est d’utiliser au mieux les ressources disponibles, de couvrir toutes les régions concernées et d’éviter les activités qui font double-emploi. Pendant ce temps, Yves Etien ne et ses collaborateurs organisent de nouveaux envois vers les zones sinistrées : des bâches, des sacs mortuaires, des comprimés de chlore pour la désinfection de l’eau ou encore des vaccins, en provenance d’Asie, d’Europe et d’Afrique. Des délégués sont appelés ou rappelés en renfort dans les zones touchées et s’y rendent sur-le-champ, quitte à interrompre une autre mission ou à écourter leurs vacances.
 
Sur le terrain, l’assistance tourne à plein régime. Dans la capitale sri-lankaise Colombo, le CICR récolte de l’aide dans une école proche de la délégation. Là, habitants locaux et touristes viennent amener des habits, de la nourriture ou encore des articles de toilette, qui seront empaquetés et envoyés dans les régions atteintes.
 
Au vu du nombre de personnes disparues, il est certain que le CICR va réactiver sa page « familylinks ». Il s’agit d’une base de données que l’on trouve sur son site internet ( ) et qui permet de retrouver proches et amis disparus. Ce service avait fait déjà fait ses preuves lors des inondations de septembre 2004 en Haïti et au cours de la guerre en Irak.

Il est 15 h 30, la task-force se réunit à nouveau. Il n’y a toujours pas de nouvelles du bureau de Banda Aceh.

 




 

  Mardi 28 décembre  

La confusion se dissipe peu à peu et les informations sur la gravité de la situation confirment les pires craintes. Le chef de la Division des ressources extérieures, Jean-Daniel Tauxe, rédige un « appel », c’est-à-dire une demande de fonds à l’intention des pays donat eurs. Le CICR ne constitue pas de réserves, mais effectue toujours sa recherche de fonds en fonction d'activités concrètes. Aujourd’hui, Jean-Daniel Tauxe n’en revient pas : avant même qu’un appel soit lancé au public, les dons – parmi lesquels un don anonyme d’un million de francs – ont afflué dans un délai record. En 25 ans au CICR, Jean-Daniel Tauxe n’avait jamais vu cela.
 
Sur place, les besoins sont encore énormes, l’aide apportée insuffisante – comment en serait-il autrement, vu l’ampleur de la catastrophe ? Un Antonov 124 de l’ex-Armée rouge décolle de Nairobi en direction de Colombo avec 110 tonnes d’aide à son bord. Un chargement qui fournira un logement provisoire et des médicaments essentiels à 30 000 personnes. Un deuxième Antonov le rejoindra de Genève, où le CICR dispose d’un autre grand entrepôt, avec dix tonnes de matériel, dont des produits d’hygiène, des médicaments et des vaccins.
 
Un spécialiste de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement s’envole de Genève pour Colombo. Un ingénieur basé à Bangkok va prêter main-forte en Indonésie. De nouveaux spécialistes de la recherche de personnes quittent leurs pays respectifs pour les zones touchées. Là, ils constituent bientôt neuf équipes – dotées de deux téléphones satellitaires chacune – qui viennent en aide à ceux, adultes et enfants, qui errent, perdus dans les décombres. Ils leur permettent de rétablir un contact avec un proche, les aident de leur mieux.

 
En ce deuxième jour après la catastrophe, la page « familylinks » est consultée 650 000 fois. Débordé, le serveur n’arrive plus à suivre. 
 
 
En ce deuxième jour après la catastrophe, la page « familylinks » est consultée 650 000 fois. Débordé, le serveur n’arrive plus à suivre. Les informaticiens du CICR et des consultants ex ternes installent un deuxième serveur et parviennent ainsi à remédier au problème.
 
Enfin, une bonne nouvelle parcourt le siège : les deux délégués d’Aceh sont en vie ! Ils se trouvaient sur une île proche de Sumatra, avec des collègues indonésiens. De retour dans la capitale provinciale de Banda Aceh, ils ont retrouvé leur résidence en ruines. S’ils avaient été chez eux, ils n’auraient sans doute pas survécu. Le bureau du CICR, en revanche, est indemne et l’entrepôt n’est endommagé qu’aux deux-tiers. Cette infrastructure, même minimale, permet au CICR d’agir immédiatement. Une aide précieuse dans cette région en proie à une guerre civile, où les autorités n’autorisent pas l’arrivée de l’aide internationale.
 
Cinq employés nationaux manquent toujours à l’appel.  



 

  Mercredi 29 décembre  

Les deux Antonov en provenance de Nairobi et de Genève atterrissent en même temps à Colombo. L’aéroport est engorgé, le déchargement des secours est retardé.
 
Au siège du CICR, une nouvelle forme de routine – celle des temps de crise – s’est installée. Décalage horaire oblige, les collaborateurs du siège doivent arriver au bureau de très bonne heure. Ils contactent le terrain, s’enquièrent des derniers développements, s’organisent. La task force se réunit pendant la pause du déjeuner.
 
Durant les fêtes, seule une vingtaine des quelque 800 collaborateurs du siège sont présents. Au CICR, les crises se gèrent de manière décentralisée. L’idée est d’envoyer des collaborateurs là où on en a le plus besoin. Début janvier, la délégation du CICR à Sri Lanka comptera 50 collaborateurs contre 22 auparavant, alors que les effectifs en Indonésie auront pas sé de 42 à 70. Un chiffre qu’il convient de multiplier par deux, trois, voire plus si l’on veut y inclure les collaborateurs et les volontaires nationaux.
 
Au siège, la lumière n’est allumée que dans quelques bureaux isolés. L’atmosphère y est lourde, mais il règne malgré tout un semblant d’ambiance de Noël. Il y a du gâteau dans tel bureau, du café dans tel autre. Les collaborateurs, qui se sont connus en mission, se tiennent les coudes. Ils savent à quel point il est important de se soutenir mutuellement dans ces moments difficiles. Surtout pour ceux – la plupart d’entre eux – qui connaissent du monde dans les régions concernées.

 
...même pour les plus aguerris d’entre nos collaborateurs, il est pénible et inhabituel de voir des centaines et des centaines de cadavres.  
 
 
Le docteur Michèle Jotterand de la Cellule sécurité et stress du siège prépare un message à l’intention de ceux qui travaillent actuellement dans ces régions. Elle leur rappelle quelques règles de base : dormir suffisamment et veiller à avoir une alimentation équilibrée, ainsi qu’une bonne hygiène. L’urgence risque en effet de durer des jours ou des semaines, voire des mois. Il faut à tout prix éviter les surcharges de travail, les maladies, les traumatismes. « Tous nos collaborateurs ont reçu une formation en gestion du stress, explique Walter Füllemann, mais même pour les plus aguerris d’entre eux, il est pénible et inhabituel de voir des centaines et des centaines de cadavres. »
 
Le gouvernement indonésien, qui avait jusqu’alors rejeté toute aide étrangère, autorise maintenant les organisations internationales à intervenir dans la province d’Aceh, à l’extrême nord de l’île de Sumatra. Cela faisait plusieurs jours que les organisations humanitaires le réclamaient. Garantir à ses collaborateurs l’accès aux zones de crise est en effet l ’une des tâches importantes de Jakob Kellenberger. C’est ainsi qu’au mois de mars dernier, il a conduit des négociations fructueuses avec le gouvernement soudanais sur la question du Darfour et qu’en l’an 2000, il a obtenu du président russe Vladimir Poutine l’autorisation de reprendre les visites de prisons en Tchétchénie.
 
Dans le cas des tsunamis, le président Kellenberger n’a pas dû intervenir auprès des instances dirigeantes ou entreprendre immédiatement une visite dans les régions concernées, puisque les autorités indonésiennes n’ont pas tardé à accepter l’aide nécessaire, et que le travail en faveur des victimes a pu progresser. « Je ne me rends sur place que si ma présence peut apporter une réelle plus-value », explique Jakob Kellenberger, principe qui lui est cher. À son avis, sa présence n’est pas forcément nécessaire dans les endroits qui sont sous les feux de la rampe ; elle l’est bien davantage lorsqu’il s’agit de discuter directement et franchement avec des hauts responsables, par exemple lorsque les pourparlers sont bloqués à un échelon inférieur de la hiérarchie. Un exercice auquel ce diplomate de haut niveau s’était déjà livré lorsqu’il était secrétaire d’État chargé des négociations sur les accords bilatéraux bis avec l’Union européenne. Les voyages médiatisés, comme ceux de la ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, qui s’est rendue en Asie peu après la catastrophe, ne sont pas son genre. Mais le président Kellenberger s’empresse d’ajouter, modestement, qu’il préfère éviter toute comparaison.
 
Marco Kirschbaum reçoit des appels de personnes sans nouvelles de leurs proches. « La seule chose que nous puissions leur dire, c’est que nous faisons tout notre possible, explique t-il. Mais lorsqu’on n’a toujours pas retrouvé la personne disparue dans un hôpital trois ou quatre jours après la catastrophe, je ne sais que trop bien, et la famille à l’autre bout du fil le sait aussi, que cette personne risque bien de figurer parmi les victimes » . L’émotion est palpable.
 
À Aceh, les médecins du CICR entament sans tarder une tournée des hôpitaux pour évaluer la situation dans son ensemble, pendant que la Croix-Rouge indonésienne distribue un millier de bâches pour construire des abris provisoires et 1 800 colis familiaux. Rien qu’à Banda Aceh, on dénombre 6 000 cadavres.
 
Trois jours après le tsunami, la page « familylinks » enregistre cette fois un million d’entrées. Les listes des personnes recherchées et des survivants sont imprimées et affichées sur place.  


 

  Jeudi 30 décembre  

Le « Tsunami Response Action Plan » est en place. Le CICR prévoit des dépenses supplémentaires de 17,7 millions de francs en Indonésie et de 7,9 millions à Sri Lanka. Jean-Daniel Tauxe constate que les États et les donateurs privés ont d’ores et déjà promis de couvrir ces frais. Jakob Kellenberger discute ce plan d’action avec la Direction et soumet le nouveau budget au Conseil de l’Assemblée – une sorte de « Conseil d’administration » du CICR – au cours d’une téléconférence.
 
Quatre jours ont passé depuis la catastrophe, et le président du CICR a peu dû intervenir dans le déroulement des opérations. Cela tient non seulement à la culture « opérationnelle » du CICR et à sa structure décentralisée, mais aussi aux principes de gestion de son président. Des exemples ? « Établir des directives stratégiques claires, faire confiance à ses collaborateurs et prendre des décisions opérationnelles qui répondent le mieux possible aux exigences du terrain ». Ces derniers jours ont amplement démontré que ce sont là des principes qui fonctionnent.

   
L’objectif que l’organisation s’était fixé dans le domaine de l’assistance – fournir du matériel de première nécessité à 200 000 survivants – sera bientôt atteint. 
 
 
À Sri Lanka, la première phase d’assistance touche à sa fin. Depuis que les lignes téléphoniques ont été rétablies, les 88 spécialistes des activités de recherches participent à l’établissement de certificats de décès et poursuivent la récolte de données sur les personnes disparues. L’objectif que l’organisation s’était fixé dans le domaine de l’assistance – fournir du matériel de première nécessité à 200 000 survivants – sera bientôt atteint.
 
Au cours de ces quatre derniers jours, les chaînes de télévision n’ont que peu parlé des activités du CICR. Quelques Sociétés nationales de la Croix-Rouge demandent au CICR d’assurer une meilleure couverture médiatique de leurs activités, pour que les donateurs puissent se rendre compte de ce qui est fait avec leur argent.
 
Début 2005, l’atmosphère au siège du CICR revient à la normale. Une task force nouvellement constituée continuera à s’occuper des conséquences des tsunamis, alors que les autres collaborateurs retourneront à la gestion des autres crises, guerres et catastrophes de ce monde. À Aceh, la situation reste dramatique malgré toute l’aide apportée. La Croix-Rouge de Norvège y a installé un hôpital de campagne et mis à disposition ses spécialistes médicaux, qui forment une partie des effectifs de l'hôpital.

On est toujours sans nouvelles des cinq collaborateurs locaux du CICR. Il n’y a que peu d’espoir de les retrouver vivants.