Rwanda : le CICR lutte contre le VIH/sida en milieu carcéral

30-11-2005

Le CICR, qui procède au Rwanda à de nombreuses visites de prison pour vérifier les conditions de détention, vient de terminer une campagne de sensibilisation contre le VIH/sida auprès de 36,000 détenus. Les premiers résultats sont encourageants. Jean-Paul Tuyisenge, de la délégation du CICR à Kigali, raconte.

Depuis le génocide de 1994, le CICR est intervenu dans les prisons rwandaises pour améliorer les conditions de détention rendues effroyables par la surpopulation et le manque de moyens des autorités. Eau, nourriture, accès aux soins de santé et à l'hygiène, les besoins les plus élémentaires des prisonniers ont, dans la mesure du possible, été couverts.

Pourtant, bien que constituant un groupe particulièrement exposé, la population carcérale s'est trouvée longtemps en dehors du champ d'attention des organisations luttant contre le VIH/SIDA et les infections sexuellement transmissibles (IST).

En 2002, devant l'acuité du problème, le CICR lance avec l'organisation non-gouvernementale Society for Women and AIDS in Africa (SWAA) une étude sur les connaissances, les attitudes et les pratiques des détenus de la prison de Nsinda dans l'Est du pays.

Sur la base de ces résultats, un programme de formation de pairs éducateurs choisis parmi les prisonniers est conçu et mis en œuvre l'année suivante dans la prison. En tout, 130 éducateurs ont pu informer les quelque 13,000 détenus de Nsinda sur la réalité de la maladie et des dangers concrets découlant des comportements à risque. À raison de deux séances de sensibilisation par semaine pendant une année complète, le programme a connu un grand succès.

De juin 2004 à août 2005, en collaboration avec SWAA et Penal Reform International, le CICR étend le projet à quatre autres prisons du pays – Kibungo, Rilima, Gitarama et Gisovu – où vivent plus de 23,000 détenus. Trois cents pairs éducateurs ont reçu une formation intensive de cinq jours sur la prévention du VIH/SID A et autres IST.

Selon une évaluation menée par le CICR et SWAA, au moins 85 pour cent de la population carcérale concernée par le programme ont acquis des connaissances suffisantes et appropriées sur les voies d'infection et sur les méthodes de prévention du VIH/SIDA et des IST.

Diana Cousseau, déléguée santé du CICR en charge pendant un temps du programme, affirme que les résultats enregistrés sont " encourageants " : " Nous avons constaté que les détenus modifiaient leur comportement et intégraient des conseils de base comme celui de désinfecter des objets tranchants avant de les utiliser. Les demandes de dépistage ont augmenté. On peut aussi dire que la stigmatisation à l'encontre des porteurs du VIH/SIDA est un phénomène en régression. "

En août 2005, le CICR décide de se retirer du programme : la Commission nationale de lutte contre le sida au Rwanda vient en effet d'inclure la population carcérale dans son plan national stratégique. En tant qu'organe de coordination pour tout ce qui est relatif au VIH/SIDA, la CNLS prend le relais en partenariat avec des organisations non gouvernementales intervenant dans ce secteur.

Bien que n'ayant plus de programme de sensibilisation dans les prisons, le CICR fait toujours partie du comité de pilotage de la CNLS, plus particulièrement pour ce qui touche aux malades du VIH/SIDA incarcérés.