Irak : une année éprouvante pour les civils en général, et les déplacés en particulier

30 décembre 2014
Irak : une année éprouvante pour les civils en général, et les déplacés en particulier
Distribution d’articles ménagers essentiels à Sulaiman Bekk, Salah al Din. CC BY-NC-ND/CICR/Saleh Dabbakeh

Après près de trois décennies de turbulences dans un pays qui a connu plusieurs conflits armés et d'autres situations de violence, l'année qui arrive à son terme a aussi été très dure pour les civils en Irak. Plus de deux millions de personnes ont été déplacées en 2014 et des infrastructures essentielles ont été détruites. Pour certains de ceux qui espèrent pouvoir rentrer chez soi, cette perspective reste lointaine. Présent en Irak depuis 1980, le CICR a considérablement intensifié son action cette année et fourni une assistance à plus de deux millions de personnes.

De bien faibles perspectives d'avenir pour les personnes déplacées

Quelque deux millions d'Irakiens déplacés auraient trouvé refuge chez des proches, dans des familles d'accueil ou des abris et des camps de fortune. Des milliers de personnes ont été tuées ou blessées. « Les civils déplacés ont connu une année terrible. Certains ont été déplacés à de multiples reprises. Les conditions de vie, en particulier pour les femmes, les enfants et les personnes âgées, ont été éprouvantes. Leur présent est un combat quotidien et leur avenir est aussi incertain, explique Patrick Youssef, le chef de la délégation du CICR en Irak. Nous faisons tout ce que nous pouvons, avec les ressources dont nous disposons, pour améliorer leurs conditions de vie, mais les besoins sont colossaux. »

Depuis janvier, le CICR a distribué des rations alimentaires pour un mois ainsi que d'autres secours (notamment couvertures, poêles à kérosène, bâches, jerrycans et ustensiles de cuisine) à près de 594 000 personnes déplacées, dans 156 lieux situés dans 17 des 18 provinces du pays. Près de 28 000 bénéficiaires ont reçu des vivres et d'autres secours plus d'une fois.

Avec l'arrivée de l'hiver et des pluies, le CICR a aussi distribué à 42 000 personnes déplacées des colis d'articles pour l'hiver, incluant de la nourriture, d'autres secours essentiels et des vêtements. Il a également fourni une aide financière en espèces à quelque 20 000 personnes déplacées à Najaf, pour leur permettre de faire face à leurs besoins immédiats. Pour redonner aux populations touchées par le conflit des moyens de gagner leur vie, il a distribué quelque 1 800 tonnes de semences et d'engrais à plus de 5 000 familles d'agriculteurs dans les provinces de Babel, Karbala, Bagdad, Diyala, Kirkouk et Ninive. Il a aussi rénové cinq canaux d'irrigation qui desservent plus de 31 000 personnes.

Les équipes du CICR et du Croissant-Rouge irakien travaillent ensemble à distribuer des secours pour des déplacés à Alsaïdya, Bagdad. CC BY-NC-ND/CICR/Tareq Hassoon

« Le CICR est très préoccupé par la situation de violence que connaît actuellement le pays. Elle contrevient au droit international humanitaire et continue d'entraîner des pertes en vies civiles et la destruction de biens essentiels à la survie, précise Patrick Youssef. Nous avons réussi à envoyer du personnel et des articles de secours dans des lieux comme Mossoul, Fallouja et Hawija, pour secourir les civils se trouvant dans ces régions. Nous voudrions que les parties concernées nous assurent un accès plus large afin de poursuivre les activités que nous menons pour sauver des vies.

Des soins de santé qui traversent les lignes de front

Le conflit a porté gravement atteinte aux structures de santé des zones touchées par la violence. Plusieurs établissements ont été attaqués et souffrent d'une pénurie de médicaments et de fournitures médicales. À cause du manque d'eau et d'électricité, et même de personnel médical, les services aux blessés et aux malades sont considérablement réduits. « Tout le monde a droit à des soins de santé dispensés de façon impartiale. Les blessés et les malades doivent être soignés sans discrimination, rappelle M. Youssef. Quant aux structures médicales et au personnel de santé, ils doivent être protégés contre les attaques. Il faut qu'ils puissent faire leur travail. »

Une déléguée santé du CICR examine des enfants à Najaf. CC BY-NC-ND/CICR/Samira Baqer

Le CICR, qui travaille de façon strictement neutre et impartiale et cherche à dialoguer avec toutes les parties aux conflits – autorités gouvernementales, dirigeants communautaires et chefs tribaux et religieux, entre autres groupes –, a réussi à livrer des médicaments, des instruments chirurgicaux, des pansements, des solutions intraveineuses et d'autres articles à 67 établissements de soins dans neuf provinces. Ce matériel, qui va servir à sauver des vies, suffit à répondre aux besoins de plus de 283 000 personnes pour une longue période. Il aura notamment bénéficié aux personnes se trouvant à Basra, Daquq, Dibis, Erbil, Fallouja, Hawija, Khanaqin, Makhmour, Mossoul, Najaf, Ramadi, Sinjar, Talafar et Tooz. En outre, le centre de réadaptation physique du CICR à Erbil ainsi que huit autres centres soutenus par le CICR ont, à eux tous, dispensé leurs services à 30 000 personnes handicapées.

Un meilleur accès à l'eau potable

L'une des priorités du CICR en Irak est de veiller à ce que l'eau potable soit largement accessible. Depuis le début de l'année, il a installé de nouveaux systèmes d'approvisionnement en eau et rénové ceux qui existaient déjà dans les communautés d'accueil, tout en livrant de l'eau par camion et en mettant en place de nouveaux points de stockage et de distribution pour les personnes déplacées. Ces améliorations ont permis d'approvisionner en eau potable près de 1,4 million de personnes (dont près de 265 000 personnes déplacées) de 12 provinces. Les personnes touchées par la violence dans des lieux tels qu'Abu Ghraib, Fallouja, Hamdaniya, Heet, Hawija, Kirkouk, Mossoul, Ramadi, Samara, Sinjar, Tikrit, Tilkaif et Talafar ont notamment pu en bénéficier. Le CICR a également formé plus de 125 techniciens au fonctionnement des installations de pompage de l'eau.

Un réservoir d'eau a été installé par le CICR pour fournir de l'eau potable aux personnes déplacées à Khanaqin, Diyala. CC BY-NC-ND/CICR/Saleh Dabbakeh

« Les installations d'approvisionnement en eau ont été détruites lors des combats, empêchant les civils de vivre normalement, explique Luc Brondel, un ingénieur hydraulicien du CICR basé en Irak. L'eau est essentielle à la vie humaine ; il est donc impératif qu'elle soit protégée par les parties au conflit. » Chaque fois que possible, le CICR a rétabli les ressources en eau détruites par les combats.

Des visites aux détenus pour s'assurer qu'ils sont traités dignement

Le CICR continue à visiter les lieux de détention relevant du gouvernement irakien et du gouvernement régional du Kurdistan. Ces visites ont pour but d'améliorer les conditions de détention, d'aider les détenus à établir et maintenir le contact avec leur famille, et de leur fournir des produits d'hygiène et d'autres articles nécessaires. Parallèlement, le CICR entretient avec les autorités un dialogue confidentiel visant à ce que les détenus soient traités avec le respect dû à leur dignité. Il suit également de près les conditions de détention des ressortissants étrangers incarcérés en Irak, ainsi que des détenus transférés dans d'autres prisons pour des raisons de sécurité.

Depuis le début de l'année, le CICR a :

  • effectué 152 visites dans 62 lieux de détention où étaient incarcérées près de 37 734 personnes ;
  • fourni à plus de 18 186 détenus des articles essentiels tels que vêtements, produits d'hygiène et couvertures ;
  • organisé l'échange de 5 121 messages Croix-Rouge entre des détenus et leurs proches ;
  • passé 8 493 appels téléphoniques pour donner à des familles des nouvelles brèves de leur parent détenu.

 

Visite d'une déléguée santé du CICR à des détenus à Sulaymania. CC BY-NC-ND/CICR/Pawel Krzysiek

Faire la lumière sur les personnes disparues reste une priorité

En Irak, les conflits armés passés et la situation de violence actuelle ont fait des dizaines de milliers de disparus. Le CICR dirige les réunions des comités chargés d'élucider le sort des personnes portées disparues dans le contexte de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et de la première guerre du Golfe (1990-1991). Ces réunions de haut niveau avec les gouvernements concernés visent à faire la lumière sur ce qui est arrivé, afin d'alléger la souffrance des familles qui ne savent toujours pas ce qu'il est advenu de leurs proches disparus.

Depuis le début de l'année, le CICR a organisé trois missions conjointes Iran-Irak dans le sud de l'Irak, où les restes de 338 personnes ont été retrouvés. Les restes de 210 Iraniens et de 19 Irakiens ont par la suite été rapatriés dans leurs pays respectifs, lors de trois cérémonies de remise de dépouilles. En outre, par la signature d'un protocole d'accord avec l'Institut médicolégal irakien, le CICR a renouvelé son engagement à développer les capacités médicolégales de l'institut en lui dispensant des formations et en lui fournissant de l'équipement.

La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge restent engagés en Irak

Face aux besoins toujours plus grands résultant du conflit armé, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a renforcé ses activités en Irak. Le CICR, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et les Sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge de plusieurs pays ont intensifié leurs efforts dans le pays, aux côtés du Croissant-Rouge de l'Irak.

Le CICR continue à soutenir la Société nationale irakienne dans ses efforts pour renforcer ses capacités. Il lui a notamment fourni 12 mini-camionnettes, automobiles et chariots élévateurs, et l'a aidée à équiper son centre opérationnel d'urgence en matériel informatique de pointe.

Informations complémentaires :
Saleh Dabbakeh, CICR Bagdad, tél. : +964 790 191 69 27
Sitara Jabeen, CIRC Genève, tél. : +41 22 730 24 78 ou +41 79 536 92 31