Article

Barou*, un détenu pas comme les autres au Mali

Incarcéré dans une Maison d'arrêt au Mali, Barou continue d'exercer son métier de sculpteur et peut en tirer profit. Il transmet même son savoir à d'autres détenus. Au cours d'une visite, nous sommes allés à sa rencontre et il nous a raconté sa passion.

Attiré très tôt par l'artisanat, Barou s'intéresse à la sculpture sur bois. Il nous explique que c'est à cause de son amour pour cet art qu'il n'a pas pu continuer ses études.

C'est un métier difficile. J'ai eu plusieurs maitres quand j'étais en apprentissage car chaque personne a sa spécialité. Je les ai longtemps observés à l'œuvre.

Après avoir acquis suffisamment de compétences, il se met à travailler à son propre compte et rencontre le succès.

J'en ai tiré beaucoup d'avantages. Grâce à la sculpture, je me suis marié, j'ai acheté une parcelle de terrain à Bamako et j'ai même payé les frais du pèlerinage à la Mecque de ma mère.

En 2006, la vie de Barou bascule. Il est arrêté et incarcéré. Pendant de longues années, il n'a pas pu exercer son métier jusqu'au jour où ses compétences sont sollicitées après une discussion avec un garde pénitentiaire. C'était en 2017, à l'approche de la foire-exposition organisée chaque année dans le cadre de la célébration de la Journée du détenu au Mali. Son savoir-faire valorisé, l'administration pénitentiaire lui fournit du bois et quelques outils indispensables.

J'ai commencé avec des porte-clés en forme d'animaux avant de faire de plus grands objets comme des girafes, des chameaux, des hippopotames, des gazelles, des rhinocéros, des ciwara [masques traditionnels], des cendriers. Grâce à la vente de ces objets exposés à l'entrée, j'ai de l'argent de poche et une partie est versée dans la caisse de la Maison d'arrêt.

 

Quelques objets artistiques réalisées par Barou* en détention. CICR

Barou forme deux autres jeunes. L'un d'eux, apprenti-chauffeur avant sa détention, explique que son travail consiste à polir les objets. À sa sortie de prison, le jeune homme compte gagner sa vie en sculptant.

3 697 personnes ont été visitées dans 20 lieux de détention au Mali en 2019.

Pour mieux comprendre le processus et le but de nos visites aux personnes détenues, regardez cette animation vidéo.

 


 *Nom d'emprunt

Le saviez-vous…

Le droit international humanitaire protège les personnes privées de leur liberté

Même dans un contexte de guerre, les personnes détenues doivent être traitées avec humanité et leur dignité doit être respectée. Pour assurer leur protection, le droit international humanitaire énonce des règles claires couvrant leur traitement, leurs conditions de détention et le contact avec leurs proches. Le CICR visite les personnes détenues pour veiller au respect de ces règles. Lors des visites, ses délégués s’entretiennent avec elles en privé, évaluent leurs conditions de détention et font part de leurs recommandations aux autorités, à titre confidentiel. Notre objectif est simple : garantir le respect de l’humanité en tous lieux.