Image d'illustration. CICR

Niger : vivre entre insécurité, changement climatique et Covid-19

Alors que les conditions de sécurité et la crise humanitaire se détériorent au Sahel, la population, peut se retrouver prise au piège d'une triple crise : la violence armée, le changement climatique et, désormais, la pandémie de Covid-19. Des milliers de personnes doivent survivre dans des conditions de plus en plus éprouvantes. Fourera Mounkaila est l'une d'entre elles.
Article 10 septembre 2020 Niger

 « C'était au coucher du soleil, juste au moment de la rupture du jeûne, en mai 2020. Le village était calme et un vent chaud et sec soufflait. »

Fourera Mounkaila se souvient clairement du jour où sa vie a basculé.

« Nous nous apprêtions à manger lorsque des hommes armés ont fait irruption. Ils nous ont ordonné de quitter le village. Nous ne savions que faire ni où partir. »

Forcés de fuir pour sauver leur vie, hommes, femmes et enfants du village Zaroum-Darey partent vers l'inconnu. Dans l'obscurité, à travers des buissons épineux. Et laissant tout derrière eux : biens, animaux, maisons et champs.

Ce n'est qu'après deux jours de marche qu'ils arrivent à Mangaïzé, dans le département de Ouallam. Cette région, située à l'Est de la région de Tillabéri, à la frontière du Nord Mali, fait partie des zones les plus touchées par l'insécurité.

Pour autant, Fourera veut rester optimiste : « Ici, à Mangaïzé, tout va pour le mieux, nous sommes à l'abri car nous avons été bien accueillis par nos hôtes. »
La population locale, déjà frappée par les conséquences du changement climatique, partage ses maigres ressources avec des dizaines des milliers de personnes déplacées. Mais face à l'insuffisance de leurs moyens de subsistance habituels, la grande majorité compten sur l'aide humanitaire pour survivre.

« Nous avons été enregistrés par le CICR et il nous a assistés en vivres et en biens essentiels de ménage. Chaque famille a reçu du riz, du mil, de l'huile, des nattes et des couvertures », précise Fourera.

Outre l'angoisse d'avoir tout laissé derrière eux, les déplacés ont du mal à se faire soigner faute de revenus suffisants. Et avec la saison des pluies, les cas de paludisme sont fréquents , surtout chez les enfants.

Quatre mois après le drame qui a frappé leur village, les déplacés de Zaroum-Darey apprennent à vivre à Mangaïzé et dans d'autres villages voisins. Déplacés et communautés s'entraident et partagent les vivres reçus de l'aide humanitaire, mais les besoinsrestent nombreux et les conditions de sécurité précaires.

Dans la région de Tillaberi, des dizaines de milliers de déplacés internes, réfugiés et résidents continuent à faire face aux effets conjugués des aléas climatiques et des conséquences du conflit qui se déroule dans le Liptako-Gourma, une zone frontaliére avec le Mali et le Burkina Faso.