Rendre l’accès aux soins de santé plus sûr dans l’État de Rivers

24 novembre 2016
Rendre l’accès aux soins de santé plus sûr dans l’État de Rivers
Nigéria. Une infirmière du CICR soigne un jeune garçon blessé. CC BY-NC-ND / CICR

L'accès aux soins de santé n'est pas toujours sûr au Nigéria, que ce soit dans la région du delta du Niger ou ailleurs. Selon les données recueillies par le CICR, les attaques contre des fournisseurs de soins de santé, des structures médicales et des véhicules sanitaires sont fréquentes dans tout le pays. Ces données révèlent en outre un phénomène préoccupant, à savoir la discrimination systématique de certaines catégories de blessés et de malades. Ci-dessous, le Dr Theophilus Odagme, commissaire à la santé de l'État de Rivers (dans le sud du Nigéria) et lui-même professionnel de la santé, revient sur ces défis et décrit de quelle manière il collabore avec un groupe de personnes déterminées à faire changer les choses dans la région du delta du Niger.

Les attaques dirigées contre des structures de santé sont fréquentes dans la région du delta du Niger. Comme le montrent les données recueillies par le CICR depuis le début de l'année 2015, la majorité des cas concernent l'enlèvement de professionnels de la santé et d'autres types de violences perpétrées contre les personnels de santé travaillant dans les hôpitaux, les dispensaires et les centres de soins de santé primaires. En outre, un certain nombre de blessés par balle se voient refuser des soins alors qu'ils se trouvent dans un établissement de santé, et beaucoup renoncent à se faire soigner de crainte d'être arrêtés. Des mesures doivent être prises par les acteurs compétents de l'État, car ces tensions entre professionnels de la santé, groupes armés, forces de sécurité et communautés entraînent des discriminations croissantes dans la fourniture de soins de santé.

un certain nombre de blessés par balle se voient refuser des soins alors qu'ils se trouvent dans un établissement de santé, et beaucoup renoncent à se faire soigner de crainte d'être arrêtés

IPour remédier à ce problème, le ministère de la Santé de l'État de Rivers a fait part de sa volonté d'entamer une collaboration avec le CICR. Ce partenariat a déjà produit un certain nombre de résultats encourageants. Ainsi, un groupe de travail a été créé au sein de la communauté des soins de santé de la ville de Port Harcourt. Parmi les participants figurent notamment des professionnels de la médecine des secteurs public et privé, l'Association médicale nigériane, des membres du personnel infirmier et des universitaires. La première rencontre s'est tenue en mai 2016 et le groupe de travail se réunit désormais régulièrement. Il s'agit d'une plate-forme très importante car elle donne aux fournisseurs de soins de santé l'occasion de se réunir, d'échanger leurs expériences et de discuter de la situation sanitaire dans l'État. Par exemple, à l'une de ces réunions, un médecin a raconté que sa vie avait été mise en danger alors qu'il intervenait sous les tirs, que lui et ses collègues avaient le moral au plus bas et que ses conditions de travail étaient « effrayantes » et « très traumatisantes ». Si ces rencontres constituent une avancée, c'est avant tout parce que les discussions portent concrètement sur les moyens d'améliorer l'accès aux soins et de contrer les actes de violence perpétrés contre les fournisseurs de soins de santé, les structures médicales et les véhicules sanitaires. Le groupe de travail est en train de mettre au point un protocole et un outil de plaidoyer qui définit les droits et responsabilités des professionnels de la santé lorsqu'ils traitent des patients en situation d'urgence. Le groupe a également décidé de collaborer avec la police nigériane au niveau fédéral en vue de rédiger une note écrite relative à la directive de l'inspecteur général de police sur le traitement des blessés par balle. En outre, il a prié le CICR d'entamer un dialogue avec des groupes armés pour aborder la question de la violence contre les soins de santé dans l'État de Rivers.

Le groupe de travail participe également à un certain nombre d'activités visant à communiquer des informations importantes au grand public, aux forces de sécurité et aux groupes armés et à les sensibiliser à l'obligation de protéger les services de santé. Il a par exemple créé une affiche qui explique : les lois régissant et protégeant l'accès aux soins de santé, notamment le droit de chaque patient à la non-discrimination ; les lois régissant l'éthique médicale et la confidentialité et protégeant les blessés, les malades, les personnels de santé, les unités médicales et les transports sanitaires ; et les lois régissant l'utilisation de l'emblème de la croix rouge, l'emblème distinctif utilisé par les professionnels de la santé dans l'État de Rivers. L'affiche sera placardée dans les hôpitaux et les dispensaires de tout l'État.

De plus, le groupe de travail met au point un outil de collecte de données en consultation avec le ministère de la Santé. L'objectif est de créer un mécanisme assurant la collecte régulière de données pertinentes et précises sur les incidents qui perturbent la fourniture de soins de santé dans l'État. Cet outil devrait servir à mieux analyser les tendances et les menaces auxquelles sont confrontés les personnels de santé et les patients.

nos efforts marquent le début d'un changement positif dans notre région

Nous sommes convaincus que nos efforts marquent le début d'un changement positif dans notre région, et espérons que le travail que nous effectuons pour améliorer la fourniture des soins de santé servira d'exemple et d'inspiration à d'autres États au Nigéria et dans le monde.

Dr Theophilus Odagme, FWACS, MNIM
Commissaire à la santé

 

Le projet « Les soins de santé en danger » est une initiative du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge destinée à rendre l'accès aux soins de santé et la fourniture des soins de santé plus sûrs dans les conflits armés et les autres situations d'urgence. L'initiative appelle au respect et à la protection des travailleurs de la santé, des structures médicales et des véhicules sanitaires, ainsi qu'à la mise en œuvre d'une série de recommandations et de mesures pratiques visant à protéger les services de santé et leur mission humanitaire. Elle est soutenue par de nombreux partenaires, personnes et organisations, qui forment la communauté d'intérêts des soins de santé en danger.

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