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Symposium international sur "L'eau et les conflits armés"

24-11-1994 Communiqué de presse

  Montreux (Suisse), 21-23 novembre 1994  

  Appel pour une protection juridique absolue des réserves d'eau et des ingénieurs sanitaires pendant les conflits armés  

Dans les conflits armés, le manque d'eau potable tue souvent autant de personnes que les balles et les bombes: telle est la constatation faite lors d'un symposium international organisé cette semaine par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Montreux.

Le nombre des attaques dirigées contre les installations de traitement et de distribution de l'eau augmente. L'accès à l'approvisionnement en eau est souvent refusé délibérément, la distribution est coupée, les centrales électriques et les stations de pompage sont bombardées et l'eau contaminée. L es civils sont ainsi exposés à la soif, à la déshydratation et à des maladies potentiellement mortelles, telles que le choléra, la typhoïde, l'hépatite et la dysenterie. Ces actes sont contraires au droit international humanitaire.

Un autre effet des hostilités sur l'eau est le déplacement de populations. Les experts estiment que la moitié des décès parmi les personnes déplacées est dû à des maladies provenant du manque ou de la contamination de l'eau. Ce sont les enfants qui souffrent le plus. Par exemple, les trois-quarts des décès parmi les enfants de moins de cinq ans dans des camps de personnes déplacées sur la frontière entre la Turquie et l'Irak, en 1991, étaient causés par la déshydratation, les maladies diarrhéiques et la malnutrition.

Dans des situations d'urgence il faut agir rapidement pour fournir de l'eau potable, prévenir la maladie et sauver des vies. Ceci a été prouvé dans des régions de l'ex-Yougoslavie et du Yémen où une action rapide pour reconstituer les réserves a contribué à éviter les épidémies. Par ailleurs, le déplacement des conflits vers les zones urbaines, allié à la complexité des réseaux urbains d'approvisionnement en eau, représente un problème grave pour les organisations humanitaires.

Le symposium de Montreux a été la première étape d'un effort entrepris par le CICR pour attirer l'attention de la communauté internationale sur ces problèmes et rechercher des solutions. L'objectif essentiel de cette initiative est de contribuer à obtenir une protection plus efficace des victimes des conflits armés, notamment dans des endroits où les installations de traitement et de distribution de l'eau et les réserves sont affectées par les hostilités.

  A l'issue du symposium, les experts sont convenus de :  

1. Chercher à obtenir une protection totale des réserves et des systèmes d'approvisionnement en eau, et étendre la protection juridique pour en faire bénéficier les ingénieurs réparant les systèmes d'approvisionnement en eau en temps de conflit armé.

2. Améliorer les capacités d'intervention en renforçant la coopération et la coordination entre le CICR, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et leur Fédération, les institutions des Nations Unies, les organisations non gouvernementales (ONG) et le secteur privé.

3. Mettre en place un réseau international ayant pour fonction de centraliser, de fournir et de diffuser des informations opérationnelles de premièr e importance telles que des données détaillées concernant les plans, les connaissances spécialisées et les équipements, et d'assurer l'échange entre les entreprises concernées, les organisations d'assistance et le personnel présent sur le terrain.

4. Envisager des moyens de solliciter le concours humanitaire du secteur privé pour remettre en état des systèmes complexes d'approvisionnement en eau en période de conflit armé.

5. Susciter une prise de conscience des effets dévastateurs que la guerre exerce sur l'approvisionnement en eau ainsi que sur la santé publique, et ce aux niveaux international et national.

6. Prendre des mesures, en temps de paix, pour limiter les effets des problèmes prévisibles de pénurie d'eau et de dégradation de l'environnement en temps de guerre.

7. S'efforcer d'élargir la portée des opérations médicales dans les opérations de secours d'urgence pour y inclure les activités de santé publique.

8. Plaider pour que des mesures soient prises en matière de diffusion des règles concernant la protection des réserves d'eau et des installations d'approvisionnement, ainsi qu'en matière d'information et d'éducation du public, en temps de paix comme en temps de guerre.

Enfin, les experts ont jugé que ce symposium représentait un premier pas vers une réflexion et des mesures nouvelles sur des questions telles que l'équilibre entre la nécessité militaire et les besoins humanitaires.




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