Mon expérience de la guerre, par Giles Duley, photojournaliste

05 décembre 2016
Mon expérience de la guerre, par Giles Duley, photojournaliste

Cela fait une dizaine d'années que j'arpente le monde avec mon appareil photo pour témoigner des effets dévastateurs de la guerre sur les civils. En Angola comme à Gaza, en Irak comme au Cambodge, j'ai vu comment les moyens de guerre modernes détruisent des corps, des esprits, des vies.

En 2011, j'en ai moi-même fait la cruelle expérience : alors que je faisais un reportage en Afghanistan, j'ai sauté sur une mine à Kandahar. J'en ai réchappé de justesse, mais j'ai perdu mes deux jambes et un bras.

J'ai dû passer un an à l'hôpital pour me remettre de mes blessures. Ma vie avait changé du tout au tout. On m'avait dit que je ne remarcherais jamais et que je
serais dépendant pour le restant de mes jours. Et pourtant, contre toute attente, j'ai repris le travail 18 mois plus tard. Et j'ai commencé à comprendre que ma
blessure, aussi tragique soit-elle, m'avait en fait apporté une chose précieuse : une plus grande empathie envers ceux que je photographiais et que je comprenais désormais de l'intérieur.

Dans le cadre de mon travail, j'invite les gens à me raconter leur histoire, je prends le temps de les écouter ; c'est très important pour moi. L'édition 2016 du rapport « Les voix de la guerre » est une source précieuse d'information sur la façon dont les gens perçoivent la guerre et sur les mesures à prendre pour en limiter plus efficacement les effets sur les civils.

Une fois rétabli, je suis retourné en Afghanistan. Dans un centre de réadaptation physique soutenu par le CICR, j'ai rencontré Ataqullah, un jeune garçon de 7 ans qui venait de recevoir une jambe artificielle. Quelques mois plus tôt, il avait marché sur une mine en allant à l'école, y laissant un bras et une jambe. Cela me faisait mal au coeur de le voir suer sang et eau pour faire quelques pas alors qu'il aurait dû être en train de jouer avec ses amis, comme n'importe quel garçon de son âge.

Pourquoi n'ai-je pas changé de métier ? La réponse est simple : à cause d'enfants comme Ataqullah. Pendant que je le photographiais, je pensais à la douleur physique et psychologique que je ressens chaque jour, et je me demandais pourquoi un enfant devrait endurer les mêmes souffrances que moi simplement pour s'être rendu à l'école à pied.

Chaque jour, des milliers d'enfants risquent de subir le même sort qu'Ataqullah. Alors que tant de régions du monde sont déchirées par des conflits et que le
mépris pour les règles de conduite gagne du terrain, nous devons plus que jamais réaffirmer l'importance de respecter les lois de la guerre pour protéger la vie des civils.

 

Giles Duley, photojournaliste, à propos des « voix de la guerre »

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