Sri Lanka : porter assistance aux plus démunis

26-02-2014 Interview

Lors d’un récent voyage à Sri Lanka, Anthony Dalziel, chef des opérations du CICR pour l’Asie du Sud, a rencontré des membres du gouvernement pour discuter de l’assistance à fournir aux personnes qui subissent encore les effets du conflit armé.

Le conflit qui déchirait Sri Lanka a pris fin en 2009. Quel rôle le CICR joue-t-il aujourd’hui dans le pays ?

Ayant travaillé à Sri Lanka pendant le conflit, je voulais y retourner pour juger par moi-même de la situation et réfléchir avec les autorités nationales aux moyens de venir efficacement en aide à la population. J’ai été reçu par Gotabaya Rajapakse, ministre de la Défense, Lalith Weeratunga, secrétaire permanent du Bureau du président, ainsi que par d’autres membres du gouvernement. Tous ont insisté sur la nécessité de porter assistance aux personnes touchées par les conséquences du conflit et ont salué l’action du CICR à cet égard. J’ai également pu me rendre dans le nord du pays, où j’ai rencontré des femmes chefs de famille, des personnes handicapées et d’autres personnes vulnérables auxquelles nous avons porté assistance en 2013, souvent en partenariat avec la Croix-Rouge de Sri Lanka.

Depuis le début de son action à Sri Lanka dans les années 1990, le CICR a toujours veillé à s’adapter à l’évolution des besoins. Les récents efforts consentis en faveur du développement et de la reconstruction des infrastructures du pays ont amélioré les conditions de vie des personnes ayant souffert des affrontements et de l’insécurité pendant le conflit. Toutefois, face à la persistance d’importants problèmes humanitaires hérités du conflit, les autorités ont accepté que le CICR leur prête son concours pour y remédier. Plus particulièrement, l’institution effectue des visites dans les lieux de détention et s’efforce de faire la lumière sur le sort des personnes portées disparues pendant le conflit.

En quoi consiste l’aide apportée par le CICR aux familles de personnes portées disparues ?

Le CICR travaille à l’élucidation des affaires de disparitions liées au conflit depuis le début de son action à Sri Lanka. Cela fait plus de vingt ans que nous recueillons des témoignages de familles ayant perdu la trace de certains de leurs proches, parmi lesquels des militaires disparus au cours d’une mission. Au total, nous avons recensé plus de 16 000 cas de disparition.

La Commission d’enquête enseignements et réconciliation (LLRC) recommande entre autres que la police et les autorités judiciaires mettent tout en œuvre pour localiser les personnes disparues et pour les aider à rejoindre leur famille, et qu’elles collaborent à cette fin avec des organisations compétentes telles que le CICR.

Le gouvernement sri-lankais a récemment approuvé notre proposition relative à l’évaluation des besoins des familles de personnes disparues. Cette évaluation permettra de faire le point sur les cas de disparition recensés – mise à jour des dossiers en cours ou classement des affaires ayant été élucidées –, et de proposer une assistance économique, psychosociale, juridique ou administrative adaptée aux besoins des familles. Des actions pourront alors être mises en œuvre en complément des programmes existants, en étroite collaboration avec les agences gouvernementales, l’administration locale et d’autres organisations.

Quels détenus le CICR visite-t-il ?

Le CICR visite des personnes détenues pour des raisons liées à un conflit armé ou à d’autres situations de violence partout dans le monde. À Sri Lanka, il mène cette action depuis 1989.

Actuellement, en accord avec le gouvernement sri-lankais, le CICR effectue des visites dans des centres de détention relevant du ministère chargé de la Réinsertion et de la Réforme du système carcéral, de la Division des enquêtes sur le terrorisme ou de la Division des enquêtes criminelles, ainsi que dans des commissariats de police. Lors de ces visites, les délégués du CICR évaluent les conditions de détention et le traitement réservé aux détenus, font part de leurs observations aux autorités pénitentiaires, proposent des solutions aux problèmes rencontrés et fournissent une assistance directe aux détenus qui en ont besoin. Par exemple, l’année dernière, plus de 10 000 détenus ont reçu des articles d’hygiène et de loisir, et plus de 2 200 ont vu leurs conditions de détention s’améliorer grâce aux travaux de réparation et de rénovation des infrastructures effectués dans les prisons d’Anuradhapura, Batticaloa et New Magazine, ainsi que dans le centre de détention de Boossa.

Le CICR verse également des indemnités de déplacement aux familles pour leur permettre de rendre visite à leurs proches détenus pour des raisons liées au conflit. L’année dernière, pas moins de 1 000 détenus ont ainsi reçu régulièrement – toutes les six semaines – la visite de membres de leur famille.

Vous avez parlé des femmes chefs de famille et des personnes handicapées. Pourquoi le CICR s’intéresse-t-il plus particulièrement à ces deux catégories de population ?

Elles comptent parmi les personnes qui ont le plus besoin d’aide pour faire face au quotidien. À cause du conflit, nombre de femmes et de personnes handicapées ont soudain dû se débrouiller seules pour assurer leur survie, voire pour subvenir aux besoins de toute leur famille. Il leur a fallu trouver un moyen de gagner leur vie alors qu’elles n’avaient pas nécessairement d’expérience ni de compétences sur lesquelles s’appuyer.

L’an dernier, le CICR, souvent en partenariat avec la Croix-Rouge de Sri Lanka, a permis à des femmes seules ayant charge de famille et à des personnes handicapées de se lancer dans une activité génératrice de revenus et de développer leurs compétences. Au cours de mon voyage, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs personnes ayant bénéficié de cette forme d’assistance, et chaque fois j’ai été impressionné par leur fierté et leur investissement dans le travail. Qu’elles aient choisi de monter une petite exploitation agricole, un salon de coiffure, un petit commerce, ou encore de devenir charpentier ou électricien, toutes avaient à cœur de subvenir aux besoins de leur famille et de faire prospérer leur nouvelle entreprise.

Quelle est la position du CICR sur les allégations de violations du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme pendant le conflit ?

En tant qu’organisation humanitaire neutre et impartiale, le CICR ne prend aucune part aux enquêtes internationales sur les conflits passés. Nos équipes étaient présentes dans l’est et le nord du pays tout au long des différentes phases du conflit sri-lankais. À l’époque, le CICR s’est efforcé de maintenir le dialogue avec toutes les parties au conflit tout en restant ferme sur le respect des principes régissant la conduite des hostilités ainsi que sur l’obligation faite à toutes les parties de protéger les civils et de répondre aux besoins humanitaires des populations touchées. En vertu de son mandat, le CICR a également rappelé à toutes les parties, à plusieurs reprises au cours du conflit, qu’elles avaient l’obligation d’enquêter sur les violations du droit international humanitaire et de prendre, le cas échéant, les dispositions appropriées.

Aujourd’hui, le CICR s’emploie en priorité à répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables et soutient toutes les initiatives de réconciliation et de reconstruction visant à aider la population à retrouver une vie normale et digne.^

 


En 2013, le CICR a :

  • permis à plus de 1 500 patients handicapés de recevoir des soins appropriés en fournissant au centre de réadaptation physique Jaffna Jaipur les matériaux et l’appui technique nécessaires à la fabrication de prothèses et d’autres équipements d’aide à la mobilité ;
  • pris en charge les frais d’appareillage de 70 personnes handicapées sans ressources, soignées au centre orthopédique Navajeevana à Tangalle ;
  • assuré le suivi de 960 personnes détenues dans des centres de détention et des structures de réadaptation relevant du ministère chargé de la Réinsertion et de la Réforme du système carcéral, de la Division des enquêtes sur le terrorisme ou de la Division des enquêtes criminelles, ainsi que dans des commissariats de police ;
  • fourni des articles d’hygiène et de loisir à plus de 10 000 détenus et anciens membres des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) qui ont été libérés une fois le processus de démobilisation et de réinsertion achevé ;
  • contribué à améliorer les conditions de vie de plus de 2 200 détenus en participant aux travaux de réparation et de rénovation des infrastructures dans les prisons d’Anuradhapura, Batticaloa et New Magazine, ainsi que dans le centre de détention de Boossa ;
  • alloué, en partenariat avec la Croix-Rouge de Sri Lanka, des aides en espèces à 650 ménages du district de Mullaitivu ayant à leur tête une femme ou une personne handicapée, pour les aider à développer une activité génératrice de revenus ;
  • alloué des aides en espèces à 152 anciens membres des LTTE à leur sortie des centres de réinsertion, pour les aider à retrouver une place au sein de la société et à gagner leur vie ;
  • permis, en partenariat avec la Croix-Rouge de Sri Lanka, à près de 13 000 personnes – dont des écoliers – des districts de Batticaloa, Polonaruwa et Mullaitivu d’avoir accès à l’eau potable et à de meilleures installations d’assainissement en creusant des puits, en installant des réservoirs d’eau et des latrines, et en organisant des campagnes de sensibilisation aux bonnes pratiques d’hygiène et de nettoyage ;
  • formé au droit international humanitaire plus de 500 membres des forces de sécurité et 2 215 militaires mobilisés pour participer à des missions de maintien de la paix ;
  • soutenu la police sri-lankaise dans ses efforts pour intégrer les principes régissant l’usage de la force dans la formation de ses effectifs à travers des ateliers, des séances d’information et des cours à l’intention des instructeurs ;
  • contribué à la formation de médecins légistes sri-lankais et d’autres spécialistes de la médecine légale.

Photos

Une famille sollicite une aide financière auprès d’un bureau du CICR en vue de rendre visite à un proche en détention. 

Sri Lanka
Une famille sollicite une aide financière auprès d’un bureau du CICR en vue de rendre visite à un proche en détention.
© CICR / G. Bruyninx

De retour chez elle à Puthukudiyiruppu, une femme obligée de subvenir seule aux besoins de sa famille s’est lancée dans la vente de légumes avec l’aide du CICR. 

Puthukudiyiruppu, Sri Lanka
De retour chez elle à Puthukudiyiruppu, une femme obligée de subvenir seule aux besoins de sa famille s’est lancée dans la vente de légumes avec l’aide du CICR.
© CICR / S. Worthington

De nouvelles recrues parlant le tamoul assistent à un cours d’introduction sur l’usage de la force et des armes à feu dans le cadre des missions de maintien de l’ordre de la police de proximité. 

École de police de Kalatura, Sri Lanka
De nouvelles recrues parlant le tamoul assistent à un cours d’introduction sur « l’usage de la force et des armes à feu dans le cadre des missions de maintien de l’ordre de la police de proximité ».
© CICR / S. de Silva

Les autorités pénitentiaires font construire de nouvelles cuisines sur le site de la prison de Batticaloa avec le soutien du CICR. 

Batticaloa, Sri Lanka.
Les autorités pénitentiaires font construire de nouvelles cuisines sur le site de la prison de Batticaloa avec le soutien du CICR.
© CICR

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